Marti Noxon succombe à son tour au charme de Netflix

La scénariste de Buffy Contre les Vampires, Dietland et Sharp Objects signe un contrat de quatre ans pour le service de streaming le plus populaire au monde. Comme d’autres showrunners avant elle, Noxon a été séduite par les avantages que peut offrir Netflix.

Marti Noxon © Belga Image

Marti Noxon est une perle rare dans le paysage audiovisuel. Son héroïne Buffy est l’un des premiers personnages féminins les plus marquants dans le monde des séries télévisées. Ses récents personnages ne répondent à aucun critère de beauté imposés par la société du spectacle ou de consommation : Plum de Dietland est obèse et Camille de Sharp Objects (deuxième meilleure série 2018 d’après le Time) est une alcoolique au corps scarifié. Des personnages brisés au départ, mais qui reprennent le contrôle de leurs corps en allant à contre-courant, en suivant leurs instincts et en n’écoutant personne sinon elles-mêmes. Des personnages atypiques qui inonderont bientôt Netflix puisque la scénariste vient de signer un contrat de quatre ans (dont le poids en dollars est certainement conséquent) avec Netflix. Elle rejoint donc Shonda Rimes (Grey’s Anatomy), Ryan Murphy (Glee) et Álex Pina (La Casa de Papel), tous trois ayant récemment signé avec l’entreprise californienne.

“Qui peut résister à l’attrait de Netflix ?“, s’est enthousiasmée Noxon dans une récente interview. “Il continue non seulement à produire des contenus novateurs et visuellement renversant, tout en développant une plate-forme si influente qu’elle est devenue un verbe (Ce soir, je Netflix, NDLR.)“. La showrunneuse avait déjà collaboré avec le géant du streaming en 2017 lorsqu’elle y avait diffusé son premier long-métrage To the bone qui abordait l’anorexie. “C’est une créatrice brillante et visionnaire qui explore les profondeurs émotionnelles pour révéler la vie intérieure et les luttes de femmes complexes et modernes“, a annoncé Cindy Holland, vice-présidente des contenus originaux chez Netflix. Son travail est à la fois courageux et vulnérable, avec une certaine voix, un sens de l’humour et un ton qui lui sont propres“. 

Pour les créateurs, passer de « la télé de papa » à Netflix comporte de nombreux avantages. La plate-forme offre une liberté de temps inédite pour les scénaristes habitués aux restrictions des chaînes, comme en témoigne Chuck Lorre dont la comédie The Kominsky Method est diffusée depuis vendredi sur Netflix. “C’est merveilleux de ne pas avoir de limite de temps, a-t-il déclaré au magazine Variety. 32 minutes ou 28 minutes, peu importe : vous devez juste raconter une bonne histoire“, s’enthousiasme le créateur de Big Bang Theory.

Ne pas laisser les pauses pubs entraver l’écriture est aussi un avantage non négligeable :  “L’histoire peut s’écouler sans pause. Quand vous sortez huit épisodes en même temps, ils ressemblent à des chapitres d’un livre. Donc, si quelqu’un regarde l’épisode 4, vous pouvez supposer qu’il a visionné les épisodes 1, 2 et 3, comme il lirait un roman et qu’il ne les découvre pas obligatoirement semaine après semaine“.

Netflix offrirait aussi un certain soutien à ses scénaristes. “Lorsque vous doutez, ils vous encouragent“, continue à témoigner Chuck Lorre. Les capacités de diffusion de la plate-forme sont (presque) infinies, ce qui laisse le champ libre à l’esprit créatif des auteurs. Tellement libre, que Shonda Rimes est à l’origine non pas d’une ou deux séries mais de huit (!) projets de séries sur Netflix. Même si certaines ne verront pas le jour, le chiffre a de quoi impressionner.

© Belga ImageMarti Noxon et l’actrice Joy Nash (Dietland) lors de l’avant-première HBO de Sharp Objects (Los Angeles) © Belga Image

Si tout semble rose au pays de Netflix, la plate-forme assure néanmoins bien ses arrières. Plusieurs dirigeants hollywoodiens ayant collaboré avec le géant du streaming déclarent que Netflix utilise un certain modèle financier baptisé “cost-plus model“, soit « modèle du plus rentable ». Celui-ci sert à sécuriser les droits de licence de nouvelles séries provenant de studios externes et permet à Netflix de posséder la plupart de son contenu (à l’exception des contenus Marvel Television). En payant 100% des coûts de production, plus un bonus de 30% aux créateurs et aux producteurs, Netflix offre un contrat alléchant qui allège le fardeau financier des studios et des producteurs extérieurs, tout en permettant à Netflix de conserver tous les droits de licence. Ce qui lui permet ensuite de gagner de l’argent tout au cours de la diffusion de la série.

Dans un article de février, au lendemain du deal signé avec Ryan Murphy, le magazine Vulture s’amusait à énoncer les prochains grands noms du petit écran susceptibles de signer un accord de ce type. Dans la liste, on trouve Marti Noxon (bien joué Vulture) et Chuck Lorre (il n’y est pas encore, mais semble en bonne voie). Qui seront les prochains ? Lena Waithe, Jason Katims, Mike Schur, Seth MacFarlane ou encore Greg Berlanti (d’après les pronostics du magazine) succomberont-ils eux aussi aux charmes de Netflix ? Quoi qu’il en soit, le déferlement incessant de séries n’est pas prêt de s’arrêter.

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