Glenn Close : une femme qui sort du silence

À l’heure du mouvement #MeeToo, l’actrice incarne dans The Wife une femme qui sort du trop long silence dans lequel la gloire de son mari l’a enfermée.

Glenn Close dans The Wife © Prod

Dans un monde dirigé par des hommes, un film intitulé The Wife partait avec un sérieux handicap. Derrière les “grands hommes”, se cachent souvent des femmes, épouses ou mères, que l’histoire a effacées au profit de la seule gloire masculine. Dans le domaine scientifique, ce phénomène porte un nom : l’effet Matilda qui désigne la négation des contributions féminines à certaines découvertes qui ont été attribuées à des hommes. Cette injustice existe dans tous les domaines. Et notamment dans la création artistique.

Si The Wife est un film qui a eu du mal à voir le jour, explique Glenn Close dans une récente interview, c’est parce qu’il est tiré d’un roman écrit par une femme (Meg Wolitzer) et que c’est une autre femme (Jane Anderson) qui en a signé le scénario. Le fait que ce film de Björn Runge raconte le réveil d’une femme d’écrivain au moment où celui-ci reçoit le prix Nobel de littérature n’est pas anodin. Depuis 1945, seulement huit femmes ont reçu ce prix prestigieux, dont cinq entre 2000 et 2015 ! Certes, les temps changent… mais que l’attente fut longue !

Des rôles de femmes fortes

Ce n’est pas non plus un hasard si Glenn Close a rendu ce projet possible, notamment en pesant de tout son poids dans le choix du réalisateur. Sa filmographie atteste de décisions qui sont celles d’une femme consciente de la domination d’un sexe sur l’autre. Et qui entend profiter de sa notoriété pour la dénoncer. Elle a toujours incarné des femmes fortes, voire des femmes de pouvoir, qui ne dédaignent pas user des mêmes armes que les hommes pour les battre sur leur propre terrain. Elle fut la marquise de Merteuil dans Les liaisons dangereuses de Stephen Frears, intrigante et manipulatrice, face à un Valmont interprété par John Malkovich. Elle fut Alex Forrest dans Fatal Attraction d’Adrian Lyne, cauchemar vivant d’un homme marié (Michael Douglas) avec lequel elle avait eu une courte liaison.

À la télévision, elle fut la redoutable avocate Patty Hewes dans la série Damages. Elle fut vice-présidente des États-Unis dans Air Force One de Wolfgang Petersen et femme de président dans Mars Attacks! de Tim Burton. Dans un registre plus léger, elle fut aussi la riche et démoniaque Cruella d’Enfer dans Les 101 dalmatiens. Plus d’une fois, son talent s’est mis au service de rôles de “méchantes” qui ont mal fini, frappées par une forme de justice, voire une morale qui les ont “punies” du mal qu’elles avaient commis. Mais, encore une fois, les temps changent…

Comédienne dans son époque

The Wife © ProdGlenn Close et Jonathan Pryce (Game of Thrones, Taboo) dans The Wife © Prod

En 2011, il y eut Albert Nobbs de Rodrigo Garcia. C’est sans doute, avec The Wife, le film pour lequel Glenn Close s’est le plus investie, un projet qu’elle a mis plus de quinze ans à produire, dont elle a coécrit le scénario et interprété le rôle principal, celui d’une femme qui se travestit en homme pour pouvoir exister et travailler dans l’Irlande paternaliste du XIXe siècle. The Wife arrive à point nommé, en plein mouvement #MeeToo. Bien que le film n’ait pas été prémédité dans ce sens, Glenn Close a déclaré que son propos en justifiait la pertinence et l’utilité. La comédienne s’est largement exprimée sur le sujet.

Un film tiré d’un roman de femme et du scénario d’une autre femme.

Quand l’affaire Weinstein a éclaté, elle a fait partie des premières actrices à réagir, comme Meryl Streep ou Kate Winslet. Elle a ressenti “de la colère et une profonde tristesse”, mais a aussi reconnu que, depuis longtemps, elle était, comme d’autres, au courant de rumeurs concernant les comportements du producteur américain, sans avoir jamais rien dit. Un silence qu’elle a aussi gardé lorsqu’elle-même, à deux reprises, a été victime de harcèlement et de comportements inappropriés pendant des castings, comme elle l’a récemment rappelé dans une interview accordée au Sunday Times.

Fidèle à son parcours, elle tient à nuancer le mouvement, craignant qu’il ne mène à une autre extrémité, à savoir une “surcorrection” des comportements. Affirmant enfin qu’il convient de distinguer les abuseurs de leur art : “Le genre humain est complexe, dit-elle, une même personne peut se montrer capable à la fois de réaliser de grandes et belles choses et de commettre des actes haïssables”. À 71 ans, Glenn Close offre dans The Wife une de ses compositions les plus nuancées. Derrière le masque de l’épouse soumise à son écrivain de mari, se cachent une force et une détermination qui font de ce personnage un exemple. Paradoxalement, malgré son talent et la richesse de son parcours, Glenn Close n’a jamais été que nominée aux Oscars. Si les temps changent vraiment, ce serait peut-être l’occasion d’enfin la couronner pour son rôle dans The Wife.

Épouse dans le placard

Joan Castleman (Glenn Close) est l’épouse dévouée et effacée du grand écrivain Joe Castleman (Jonathan Pryce). Dans leur couple, c’est toujours lui qu’on admire. Elle reste en retrait. Lorsque l’annonce tombe – il va recevoir le prix Nobel de littérature -, la réaction de Joan est mitigée, entre fierté et désillusion. Leur voyage en Suède pour assister à la cérémonie de remise du prix lèvera le voile sur le secret qui les lie. S’il est construit comme un suspense, The Wife est un film sur la place de la femme dans la création. Et dans un monde dominé par les hommes. On pense à Sylvia Plath, poétesse américaine qui s’est donné la mort à 30 ans, en 1963, écrasée par un mari écrivain qui ne lui laissait de place que derrière les fourneaux. Dans le rôle de la muse qui va se réveiller et sortir du placard dans lequel on l’a enfermée, Glenn Close est tout simplement parfaite.

The Wife. Réalisé par Björn Runge. Avec Glenn Close, Jonathan Pryce - 100’.

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