Retour au Katmandou

Prix Renaudot pour Mes mauvaises pensées, Nina Bouraoui poursuit le roman de soi dans Tous les hommes désirent naturellement savoir.

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Dans un roman miroir à double face, Nina Bouraoui regarde la jeune fille qu’elle a été, en quête de la nuit et de son homosexualité, mais observe aussi le souvenir de sa mère, Française qui épouse un Algérien qu’elle suivra dans son pays. À Paris, au plus fort des années 80 et de leur tonitruante bande-son synthétique, Nina fréquente le Katmandou, un club de femmes dont la lumière stroboscopique – entre le noir et le blanc – la guide vers l’écriture.

J’ai 18 ans, se souvient-elle, je fréquente des femmes que je n’aurais jamais fréquentées si je n’avais pas été dans cette boîte où tous les milieux sociaux sont réunis. Des avocates, des banquières, des prostituées, des princesses saoudiennes, des ouvrières, d’anciennes détenues. Je regarde tout, je sais que je deviens écrivain à ce moment-là. Mon écriture va légitimer mon homosexualité qui me dérange car s’apercevoir qu’on n’est pas dans la norme, ça peut être violent. Mais l’écriture vient aussi de mon enfance. Je sais, enfant, que le réel ne me suffira pas…

Paris, capitale des plaisirs, Bastille à prendre pour cette gamine qui quitte l’Algérie à 14 ans sans savoir qu’il va falloir ramasser des morceaux de vie et les ajouter à une autre. “Ma mère n’a pas épousé un homme, mais un pays, dit-elle. Elle aimait tellement l’Algérie que lorsqu’elle a senti que le pays glissait vers l’islamisme, elle a eu cette vision d’un bain de sang. J’étais en vacances en France et je ne suis pas rentrée en Algérie. Je dois renaître en France, l’écriture va m’aider à me reconstituer – comme si j’étais un vase cassé.”

Un style limpide, doux mais chirurgical, Bouraoui présente ici la dernière version du vase rafistolé – un vase d’où s’échappe l’écho d’une fête que beaucoup, aujourd’hui encore, tentent de gâcher. “En me relisant, conclut-elle, je me suis dit que j’avais encore un peu honte. Ça prend toute une vie pour s’assumer en tant qu’homosexuelle, mais pas à cause de nous. À cause des autres.”

Tous les hommes désirent naturellement savoir
Nina Bouraoui
Lattès, 264 p.

 

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