The Good Doctor : le toubib qu’on n’attendait pas

Cela fait longtemps qu’on n’avait plus vu une série réaliser de telles audiences. Mieux, elle ne se contente pas de passionner le public : elle le touche.

The Good Doctor © Prod

Le pitch n’avait pas de quoi secouer la planète. Le quotidien d’un apprenti chirurgien à l’hôpital, c’est un sujet classique, et les séries médicales sont en perte de vitesse. Seule différence notable, le médecin est autiste. Pourquoi pas. On a déjà aimé un toubib étrange. D’ailleurs, c’est David Shore, le showrunner de Dr House, qui signe The Good Doctor. De là à imaginer que la série allait rafler la mise un peu partout dans le monde, il y avait quand même une marge. Et pourtant… Face au film de RTL-TVI, le jeudi soir, les deux premiers épisodes sur La Une, le 23 août, ont réuni près de 380.000 personnes (davantage que le début de… Dr House), et plus de 26 % des téléspectateurs (davantage que Mentalist). Régulièrement en tête à la RTBF, The Good Doctor a aussi dominé les audiences sur TF1 avec près de 6 millions de téléspectateurs en moyenne. Au point que les deux chaînes diffusent cette semaine l’entame de la saison 2, lancée le 24 septembre aux États-Unis.

C’est Daniel Dae Kim (Lost, Hawaii 5-0) qui découvre la version originale de The Good Doctor en Corée du Sud, et décide de la faire adapter aux États-Unis. Le projet aboutira avec Shore et ABC. Le pilote, en octobre 2017, accroche 11 millions d’Américains. Il devait y avoir 13 épisodes. Deux semaines plus tard, le chiffre monte à 18, et au printemps ABC commande une saison 2.

La clé du succès ? Un personnage magnifique, lumineux, qui échappe aux évidences. Shaun Murphy est atteint d’un TSA (trouble du spectre de l’autisme) et du “syndrome du savant”. Il présente des dons extraordinaires, mais connaît notamment des gros problèmes de communication. Cette double particularité permet de développer plusieurs axes. L’immersion de Shaun dans son nouveau milieu, le challenge que cela représente pour lui – et pour ses collègues -, la confrontation avec les patients, avec qui il est d’une transparence déconcertante, voire choquante…

Un cas très particulier

Au-delà des situations surprenantes qui oscillent tantôt du côté de la comédie, tantôt du côté du drame, la série tient sa force de la personnalité de Murphy. Qui n’est pas seulement un autiste, et encore moins un Rain Man chirurgien. S’il a des fulgurances, il commet aussi des erreurs improbables. Et très vite, au-delà de sa variation personnelle du trouble autistique, on découvre un jeune homme dans ce qu’il partage avec tous les mortels : ses espoirs, ses forces, ses doutes et son histoire. C’est là qu’on s’attache durablement au personnage et qu’on est heureux de le voir évoluer dans sa vie sociale, amicale, professionnelle, amoureuse… Ce qui fait du bien aussi, c’est que la série touche directement au cœur. Un autre élément-clé de sa réussite. Sans mélo, sans effets dramatiques, avec juste un regard qui se perd, un geste compulsif, deux mots qui veulent tout dire, le personnage brise l’écran.

Cette relation empathique avec le médecin, dans ses difficultés et ses émotions, fait réfléchir au grand écart qu’il peut y avoir entre l’attachement et l’instinct de protection qu’il suscite et la réaction qu’on aurait face à lui dans la vraie vie, même si on est sûr en toute bonne foi d’avoir l’esprit ouvert et de ne pas “faire” de différence. Un effet secondaire aux bons sentiments que revendique Freddie Highmore, qui incarne Shaun : “Derrière l’histoire, on insiste aussi sur l’importance de ne pas se reposer sur les stéréotypes et de donner aux gens une chance. Et je crois que Shaun aide le public à se connecter, pas seulement aux autistes, mais à tous ceux qui sont différents, marginalisés ou discriminés”. Drôle, bouleversant, incroyablement attachant, le personnage sonne vrai. Scénaristes et acteurs ont tout fait pour. The Good Doctor n’hésite pas à montrer à quel point le comportement de Shaun peut éprouver les nerfs de son entourage et révolter ses interlocuteurs. Richard Schiff, qui incarne le Dr Glassman, le mentor de Shaun, a lui-même un fils autiste de 23 ans et dit l’avoir retrouvé dans la série – un joli compliment.

Si à l’écran l’autisme est une pathologie assez tendance (même Demain nous appartient a le sien), on connaît mal ce trouble qui recouvre un spectre très large de cas. Le sujet est donc touchy pour ceux qui le vivent au quotidien. Freddie Highmore précise : “Shaun n’est pas seulement autiste, il a aussi le syndrome du savant. C’est un individu unique. Il pourrait très bien exister dans la vraie vie, mais il serait offensant de suggérer qu’il représente toutes les personnes qui se trouvent dans le spectre autistique et dangereux de penser que tout ce qu’il fait est lié à l’autisme”.

La troisième clé du succès de The Good Doctor, c’est justement Freddie Highmore. Le jeune Anglais se révèle fabuleux dans sa finesse, sa malice et sa vulnérabilité. On connaît sa bouille de lutin depuis longtemps – il a été un enfant star dans Finding Neverland, Charlie et la chocolaterie, Arthur et les Minimoys… Puis, à 21 ans, en marge de ses études de lettres à Cambridge, il incarne un Norman Bates flippant à souhait durant cinq saisons dans Bates Motel. Lui aussi est un surdoué. Dans son talent d’acteur, mais aussi l’intelligence et la sensibilité avec lesquelles il v(o)it son personnage. Entre eux, on sent une forme de fraternité. Et le comédien s’implique à fond. Coproducteur de la série, il a écrit le scénario du premier épisode de la saison 2, doit en réaliser un autre et ne compte pas s’arrêter là. Le public non plus.

Cet article est issu de notre magazine papier. Pour plus d’infos qui piquent, rendez-vous en librairie à partir de ce mercredi ou dès maintenant sur notre édition numérique, sur iPad/iPhone et Android.

Sur le même sujet
Plus d'actualité