Et alors, ce Johnny, il vaut quoi?

C’est le jour J. 800.000 exemplaires de son album posthume "Mon Pays c’est l’Amour" vous attendent chez votre crémière. 37 minutes, dix chansons,  un interlude et… notre verdict très très très mitigé.

johnny

Johnny Hallyday le tenait de Maurice Chevalier qui devait lui-même l’avoir appris d’un autre. « Pour séduire le public » aurait dit le chanteur au canotier à l’Idole des jeunes, « tu dois soigner ton entrée et soigner ta sortie. Pour le reste, tu fais avec ce que tu as… »

Ce conseil semble avoir été la ligne directrice de « Mon Pays, c’est l’amour », 51e album du Taulier qui est commercialisé ce vendredi 19 octobre.  J’en parlerai au Diable, qui ouvre le disque, et Je ne suis qu’un homme, le titre qui le clôture, sont de très loin les deux meilleures chansons du disque. On y retrouve un Johnny « sang pour sang » dans le rôle qu’on lui préfère. Celui du chanteur abandonné,  fils de personne, né dans la rue qui, à l’heure du bilan,  se retrouve face à ses tourments et met le genou à terre pour se repentir. Même s’il est trop tard.

Ecrite par Pierre Jouishomme, J’en parlerai au Diable sonne ainsi comme un requiem. « Le jour viendra où je ne me cacherai plus. J’en parlerai au Diable. Il saura m’écouter. Lui seul m’entendra. Je lui dirai la vérité. Je lui dirai l’innocent, le coupable, l’homme que j’ai été… «  C’est très fort. La confession se poursuit avec Je ne suis qu’un homme, une phrase qu’il répète à l’infini sur la onzième plage. Arrivé au crépuscule de sa vie, le narrateur se demande encore « comment rester debout quand l’urgence se réveille au fond du cœur des hommes? »

Trop variétoche

Voilà pour les deux compositions marquantes de ce disque réalisé par Maxime Nucci, alias Yodélice, déjà derrière ‘Rester vivant’ (2014) et ‘De L’amour’ (2015).   Et le reste? Comme déjà évoqué dans les pages de Moustique, l’esprit est celui d’un road trip à cent à l’heure dans les grands espaces et d’un retour sincère à toutes les musiques que Johnny aimait. Soit du bon gros rock and roll, mais aussi des ballades country/folk boisées et du blues mais au son beaucoup trop variétoche.

On peut même se demander si Johnny aurait validé certains arrangements tant ils sont loin de l’esprit de ses derniers enregistrements. Même si son pays c’est l’amour (même Frédéric François n’oserait pas un tel titre d’album), il est beaucoup question des États-Unis et l’American Dream dans ces trente-sept minutes. Le problème, c’est que beaucoup trop de chansons évoquent d’autres morceaux, bien supérieurs, qui figurent déjà au panthéon de son répertoire.

Des exemples ? Avec Made In Rock’N Roll, adaptation du standard Let The Good Times Roll,  on est loin des reprises à la gloire du rock que Johnny proposait dans ses années yéyé. Signée Jérôme Attal, L’Amérique de William est une évocation country et mélancolique de l’univers du photographe William Eggleston, mais elle souffrira de la comparaison avec Quelque Chose de Tennessee, son hommage  à l’autre William (Tennessee) que Michel Berger avait écrite pour « Rock N’ Roll Attitude » en 1985. De même, si elle abrite quelques bonnes rimes (« Quatre mètres carrés et des poussières, c’est la dimension de l’enfer »), la chanson carcérale 4M2 restera définitivement à l’ombre des Portes des Pénitenciers.

Enfin, et ça nous fait du mal de l’écrire, on a connu la plume de Miossec bien plus inspirée dans le passé par Johnny que sur Back In LA, chanson d’amour complètement ratée où un garçon court après une « fille de l’été dernier » en lui disant « Je tourne en rond, j’ai pas sommeil ».

Certes, les fans retrouvent ici le Johnny qu’ils n’ont pas oublié. Rare artiste français à mettre en avant des cuivres qui sonnent comme des cuivres, Hallyday reste un guerrier sur ce disque. La voix est toujours intacte et puissante. Notre confrère Philippe Manœuvre a dit que plusieurs compositions de ‘« Mon pays c’est l’amour » pourraient se retrouver sur un nouvel album des Stones. C’est un peu exagéré, mais on comprend le point de vue.

Sur Tomber encore, Maxime Nucci  donne la preuve que « Born In The Usa » de Springsteen figure dans sa discothèque idéale et ça fait du bien. Du reste, ce n’est pas un hasard si le producteur et ingénieur du son américain Bob Clearmountain (derrière le son de plusieurs enregistrements des Stones et du Boss) mixe les onze titres de ce disque où nous retiendrons encore la ballade Pardonne-Moi adressée à Laetitia. Son dernier album, oui. Mais très loin d’être son meilleur.
 

Johnny Hallyday, Mon Pays c’est l’amour, Warner.

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