L’énigme Matt Dillon

Il a accepté d’être le serial killer de Lars von Trier. Retour sur la carrière double de l’acteur américain, à la fois ratée et réussie (et inversement).

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A 54 ans, l’acteur new-yorkais n’a plus les cheveux en bataille ni les mâchoires aussi saillantes (« tu as vieilli » lui balançait souvent le réalisateur danois pendant le tournage de The House that Jack built qui sacre donc un double revival – celui du cinéaste et de l’acteur), mais l’aura de la star masculine de Rusty James ou Drugstor Cowboy reste la même. Lors de la promotion européenne de l’opus horrifique du réalisateur culte de Breaking the waves (habitué a recruter des (pas toujours ex) stars hollywoodiennes, de Christian Slater dans Nymphomaniac à Nicole Kidman dans Dogville en passant par Willem Dafoe dans Antichrist ou Uma Thurman encore), Matt Dillon a brillé par l’intelligence avec laquelle il a défendu le film et évoqué sa carrière, entamée dès l’âge de quatorze ans lorsqu’un agent repère dans un collège new-yorkais ce nouveau James Dean, né dans une famille irlandaise de six enfants. Matt Dillon est alors turbulent et bad boy, ce qui fera la marque de ses premiers rôles – pour Francis Coppola notamment (Outsiders puis Rusty James en 1983). Il devient membre du « Brat Pack », surnom d’un groupe d’acteurs américains cultes dans les années 80, au rang desquels on compte Tom Cruise, Patrick Swayze ou Kevin Bacon côté garçons.

Les rôles s’enchaînent, il est junkie pour Gus Van Sant dans Drugstore Cowboy (1990), mari de Nicole Kidman dans Prête à tout, amoureux de Cameron Diaz (à la ville comme à l’écran) dans le déjanté Mary à tout prix (1998), flic raciste dans Collision de Paul Haggis (pour lequel il obtient une nomination à l’Oscar du meilleur second rôle masculin en 2005), et puis plus rien. Les années 2010 le boudent – à part la vague série Wayward Pines qui le débauche en détective privé.

De ces hauts et ces bas, Matt Dillon parle avec recul « c’est un métier qui ne marche pas à la méritocratie, c’est très dur de tenir. Mais je n’ai jamais cherché à être être une image. Comédien, pour moi c’est un moyen d’explorer une vérité, je dis ça très humblement, mais c’est ce qui m’intéresse », confiait-il à la journaliste Eve Jackson sur France 24, avouant aussi avoir eu « très peur » de regarder le film de Lars von Trier, où il passe son temps à découper des femmes et des enfants en morceaux, en architecte raté accro aux crimes de masse : « j’ai regardé le film fini avec Lars, j’y ai vu un personnage qui n’est pas moi. Je suis étonné que les gens s’indignent de la violence du film au lieu de s’indigner de ce qui se passe dans la vraie vie, autour de nous tous les jours. Notre monde est un vrai bordel, cerné par l’ignorance, c’est contre ça qu’il faut lutter ». Aujourd’hui, Matt Dillon voyage beaucoup, entre Paris, New York et Cuba, où il termine un documentaire sur un musicien cubain. Et on ne dira jamais qu’il a raté sa carrière.

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