Victor Polster: l’acteur prodige de « Girl »

Rencontre et portrait chinois de l’acteur de seize ans qui électrise Girl, candidat belge aux Oscars et déjà succès au box-office.

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On rencontre Victor Polster un samedi matin dans le café d’un hôtel bruxellois où il grignotte une crêpe. En semaine, il cravache dur comme élève de quatrième secondaire à l’École royale du ballet d’Anvers (« avec cours de danse classique et contemporaine jusqu’à 18h ») où il a été découvert par le réalisateur Lukas Dhont pour le casting de Girl. « Au départ c’était pas pour le rôle principal, c’était pour un rôle secondaire dans la troupe des élèves. Je savais que la chorégraphie était signée Sidi Larbi Cherkaoui, alors j’y suis allé », souffle Victor la voix plus grave et les cheveux plus courts que dans le film où il interprète Lara, jeune fille en « transition » transgenre qui se bagarre avec la résistance de son propre corps pour devenir la ballerine et la jeune femme dont elle rêve. Quitte à se brûler les ailes.

Mais la grâce reste la même dans le regard bleu piscine et le sourire renversant de Victor Polster, qui pourrait être le fils imaginaire de Leonardo di Caprio et Cate Blanchet. Ce matin de septembre, il affiche toujours cette même grâce androgyne et un look plutôt hipster, une chemise à rayures sur un pull noir – des vêtements qu’il aime chiner lui-même « parce que c’est pas cher et unique« . Pour interpréter le rôle de Lara, inspiré du parcours réel d’Aron Monsecour, espoir du Ballet Royal d’Anvers devenue Nora à l’âge de quinze ans et véritable « modèle » pour Victor, le réalisateur gantois Lukas Dhont a effectué un casting parmi cinq cents jeunes danseurs, filles et garçons, transgenres et cisgenres (en accord avec leur genre de naissance – comme Victor qui se déclare « pour la fluidité des genres« ), à la recherche de la perle rare. « Victor avait à la fois la maturité et l’élégance pour jouer Lara« , note le cinéaste flamand. Pour la préparation, Victor va donc enchaîner les cours de diction avec une logopède pour « féminiser » sa voix et se familiariser avec les pointes, discipline réservée aux filles. 

La révélation éclatante de ce film-phénomène qui représentera la Belgique aux prochains Oscars, c’est donc lui, un éblouissement de cinéma né à Bruxelles de parents médecins attirés par l’art (son père fait de la photo, sa mère a repris des cours d’histoire de l’art et adore l’emmener au musée avec son frère).

Mais l’énorme succès critique (Caméra d’or, Prix d’interprétation catégorie Un Certain Regard sans classification de genre, Queer Palm et Prix Fipresci au dernier festival de Cannes) et déjà public de Girl (le film a rassemblé plus de 90.000 spectateurs dans sa première semaine d’exploitation en France), Victor compte bien « se concentrer » pour terminer son école de danse avant de prendre un agent et participer à des projets comme Call me by your name, son film préféré. On a eu envie de lui tirer un portrait chinois. Et comme pour lui c’est « la première fois« , on est super heureux. Girl sort ce mercredi dans nos salles. 

Si vous étiez une saison ?

L’automne, parce que je trouve que c’est une saison magnifique. Les couleurs de ciel sont les plus belles, il fait juste pas trop froid et pas trop chaud. Tout est parfait en automne, quand les feuilles commencent à devenir rouges et jaunes, j’adore aller en forêt.

Si vous étiez un animal ?

Je serai un grand oiseau, une sorte d’aigle avec des grandes ailes, j’ai toujours aimé les oiseaux, même si enfant je voulais être un singe car j’adorais grimper aux arbres. Mais voler, ça reste le plus incroyable. Les oiseaux ont l’air si libres.

Si vous étiez un sentiment ?

Je pense à l’amitié, mais c’est plutôt une valeur. L’amitié contient beaucoup d’amour, et peut parfois être plus forte et longue qu’une relation amoureuse. Mais si on parle d’émotion vraiment, je serai l’empathie.

Si vous étiez un film ?

Call me by your name. J’adore les décors et l’histoire de ce film qui est extrêmement beau. J’ai aussi adoré Mommy récemment.

Si vous étiez une chorégraphie ?

Je n’ai pas de chorégraphie en particulier en tête maintenant, mais je citerais la danse contemporaine plutôt que la danse classique qui est plus traditionnelle. Sur scène, j’aime tout ce qui est abstrait et fluide, comme une matière qui bougerait sans s’arrêter. Sinon je suis assez fan de la compagnie junior NDT2 (Nederlands Dans Theater à La Haye).

Si vous étiez un héros de fiction ou une héroïne de fiction ?

Je serai Lara, de toute façon.

Si vous étiez une couleur ?

Le bleu. Le bleu monochrome d’Yves Klein.

Si vous étiez un souvenir de tournage ?

Les moments avant de tourner. Les moments où on se prépare, l’habillage, le maquillage, discuter des scènes, c’est mes moments préférés.

Si vous étiez un vêtement ?

Des chaussures. Soit des grosses baskets confortables, soit des bottines noires à lacets, avec un petit talon.

Si vous étiez un plat ?

Un chicken tikka masala, parce que j’adore ça.

Si vous étiez un défaut ?

La curiosité, qui peut être un défaut et une qualité. Je suis très curieux, parfois un peu trop !

Si vous étiez une série télé ?

Un épisode de Friends, car ça fait rigoler et ça fait du bien.

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