Mustii : Le grand bond

Après La trêve en télé et avant Hamlet au théâtre, le comédien et chanteur Thomas Mustin se métamorphose en ange pop androgyne sur “21st Century Boy”.

Mustii © Laetitia Buca

Une consœur qui, comme nous, l’a vu triompher au récent Fly Away Festival a écrit qu’il avait “une voix de cathédrale”. Elle a raison. Sur son très attendu premier album “21 st Century Boy”, le Bruxellois Mustii, alias Thomas Mustin, remet au goût du jour la notion de pop orchestrale et n’y va pas avec le dos de la cuillère au rayon vocalises. Pour donner du relief au questionnement existentiel de son narrateur fictif – le fameux “Garçon du 21e siècle” -, Mustii/Mustin monte dans les aigus, descend dans les graves, joue la carte du romantique solitaire sur les premières plages avant d’affirmer sa soif pop sur des rythmiques plus entraînantes. Et pour encore mieux brouiller nos repères, les arrangements signés par Jim Henderson et Thibaud Demey font d’incessants allers-retours entre la new-wave eighties et la pop FM de demain.

Mon disque, c’est pas un truc new cool juste pour faire le buzz.

Alors oui, on aimera ou pas ces cavalcades épiques et ce sens de l’emphase parfois poussé jusqu’à la grandiloquence, mais au moins, ça ne ressemble à rien de ce qui se fait aujourd’hui. Le grand écart entre “21st Century Boy” et “The Darkest Night”, premier EP du chanteur/comédien paru en 2016, est tout aussi impressionnant. “Je reste très fier de ce premier EP qui m’a permis de jouer dans tous les gros festivals et de remplir le Cirque Royal voici deux ans. Mais je dois aussi reconnaître qu’il y a des choses dans lesquelles je me retrouve moins. Je trouvais que ce n’était pas respectueux pour moi-même et pour mon public de mettre sur ce nouvel album des chansons que j’avais déjà exploitées auparavant. Et je voulais aussi montrer que mon projet avait évolué dans ses thématiques et ses sonorités désormais plus pop et plus symphoniques.”

Né en 1990 à Bruxelles, Thomas Mustin est diplômé de l’Institut des arts de diffusion (IAD) de Louvain-la-Neuve. Depuis que ses parents l’ont inscrit à des cours d’art dramatique pour vaincre sa timidité, sa vocation a toujours été d’être comédien. C’est en bidouillant sur les claviers de son coloc qu’il a chopé le virus de la musique. La suite, on la connaît. Sa carrière d’acteur explose en même temps que ses premiers singles. Alors que la série télévisée La trêve (où il joue le rôle ambigu du fils de la bourgmestre) attire en moyenne 370.000 spectateurs chaque dimanche soir sur la RTBF, le refrain cold wave de Feed Me fait un malheur en radio.

Légitimité

Deux ans plus tard, Mustii n’a pas été oublié. Si la popularité se mesure au nombre de demandes de selfies, Mustii a été la star incontestable de la troisième édition du Fly Away qui s’est déroulée en septembre dernier. Il ne reste quasi plus de tickets pour le premier volet de sa tournée qui débute ce vendredi 19 octobre (jour de sortie officielle de “21st Century Boy”) par une Ancienne Belgique complète. Quant à ce premier album, cohérent, fédérateur et pourtant atypique, il abrite une pluie de tubes en puissance (What A Day, Blind, Turn It Off) et des textes qui font réfléchir.

Sur scène, j’ai envie de communier avec le public. Ça doit être une fête et un partage.

Discret dans la vie de tous les jours, malgré sa nouvelle chevelure blond incandescent qui le fait ressembler au héros androgyne du Elephant de Gus Van Sant (voir encadré dans notre édition papier), Mustii devient une bête charismatique sur scène. Si le narrateur de ses chansons est vulnérable et plein de doutes, le performer, lui, est un fonceur. “C’est ma manière à moi de désamorcer les thèmes parfois sombres du disque. Si j’interprétais sur scène mes chansons au premier degré, ce serait redondant et particulièrement plombant. Quand j’ai écrit mes nouvelles chansons, j’étais seul dans ma chambre. C’était un truc très intime. Sur scène, j’ai envie de communier avec le public. Ça doit être une fête et un partage.”

Comme le “21st Century Boy” de son disque, Thomas Mustin se pose pourtant la question de sa légitimité en tant que chanteur. “C’est un sentiment étrange, analyse-t-il. Je pense que les gens qui me suivent saisiront l’honnêteté et la profondeur de ma démarche. Je n’ai pas fait un disque hip-hop comme tout le monde ou un truc “new cool” pour faire le buzz. J’arrive avec un projet musical mûrement réfléchi. Je suis signé sur une grosse maison de disques. Mais pourtant, je ne sais pas quelle place j’occupe dans le milieu musical. Au cinéma, je connais plein de gens, on m’invite aux avant-premières, on m’a demandé d’être dans le jury du Festival du film francophone (FIFF) à Namur.  Bref, j’ai l’impression de faire partie de la famille. En musique, ce n’est pas encore le cas. C’est juste un constat.”

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