C’était au temps Brel battait le pavé bruxellois

Pour redécouvrir Brel chanteur, auteur et son rapport avec le cinéma, La Fondation Jacques Brel est un passage obligé, avant de se plonger dans son Bruxelles à lui à travers un parcours touristique tout en chansons.. de Brel évidemment.

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Il y a un lieu à Bruxelles où Brel chante encore tous les jours Ne me quitte pas, le Plat Pays, Mathilde est revenue; c’est la Fondation Brel. La famille Brel, Miche Brel, l’épouse du Grand Jacques et France Brel, une des trois filles du chanteur, y cultivent avec amour et rigueur le souvenir de l’immense artiste, disparu il y à 40 ans. 40 ans déjà et pourtant, sa Marieke, sa Fanette, son Jef, toujours si seul, ses Vieux si touchants, sa Madeleine qui ne viendra jamais et tous ceux qui se lancent dans Une valse à mille temps, et même ces Bourgeois que Brel vomissait, tous font aujourd’hui encore partie de nos vies. Ils nous accompagnent, avec deux ou trois notes, un refrain, un couplet qui nous revient en mémoire. Pourquoi? Disons pour faire court, parce que Brel nous y parle de nous. De notre ami   Jojo à nous que nous avons perdu et encore de ces Marquises ou l’on rêverait d’échapper à notre quotidien. Mais si Brel, le chanteur, était son propre auteur, avide de s’essayer à tout, il a aussi fait du cinéma, comme acteur mais aussi derrière la caméra.  

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Riche de toutes ses archives patiemment recueillies, la Fondation est un lieu où l’on peut revivre tout cela, à deux minutes de la Grand-Place, dans des locaux rénovés où sont remis en scène, en vidéos, par tablettes interposés ou sur grands écrans, le Brel Chanteur, le Brel Auteur et aussi les films dans lesquels on retrouve Jacques ( Mon oncle Benjamin, L’aventure c’est l’aventure, Franz). Reste Bruxelles, ce Bruxelles si tristounet à l’époque où Jacques y allait à l’école, Bruxelles, où guitare au bras, il allait de cabarets en boîtes de nuit pour tenter sa chance. Bruxelles qui bruxellait et cette belgitude qu’il a toujours assumée.

Belga ImageLa statue de Jacques Brel, Bruxelles. (Belga Image)

Ce Bruxelles de Brel, la Fondation nous invite à en redécouvrir le parfum un peu désuet, à travers un parcours touristique, plan à la main et écouteurs aux oreilles. Le point de départ? La statue de Brel édifiée devant la Fondation. De là, la conquête de la capitale commence par la découverte d’une tour du 11e siècle. Petit commentaire historique. Puis, Miche Brel raconte. Parmi la quinzaine de voix qui interviendront tout le long du parcours, c’est sa voix à elle qu’on entendra le plus, avec celle de France. Il y aura aussi Brel lui-même, qui racontera notamment ses débuts à Paris et chantera.  

Le parcours en 22 étapes, passe par le Mont-des-Arts, découvert au rythme d’une Valse à mille temps. Pas très loin, le Palais des Beaux-Arts où Brel fera son dernier récital belge en 1966. On marche, on marche… puis la Cathédrale.. Devant le célèbrissime café de la Mort Subite, Miche rappelle qu’ici après une prestation dans l’un ou l’autre cabaret du coin (La Rose Noire), ils venaient prendre un verre.

Belga ImageLa plaque commémorative installée sur la maison de naissance de Jacques Brel

Les bistrots, les cafés, les restaurants, enseignes, renommées sont très présents dans l’Ilôt sacré, à la galerie des Prince, à la rue des Bouchers, à la rue des Dominicains, où Brel aimait venir manger des frites, des caricolles, des moules: La Bécasse, la Taverne du Passage, les Armes de Bruxelles (une plaque s’y souvient de lui). Devant Chez Vincent, Isabelle, sa troisième fille, raconte que c’est là, devant elle, qu’il mit au point la dernière phrase de la Chanson des Vieux Amants: “Mais finalement, finalement, il nous fallut bien du talent pour être vieux sans être adultes”.  

Inévitable, la Grand-Place. Au célèbre Roi d’Espagne, Jacques et Miche viennent souvent prendre un verre. Ils ne peuvent pas ne pas avoir vu la Maison de l’Arbre d’Or surmontée de la statue de Charles de Lorraine. Il y a comme une odeur de chocolat dans le coin. Jacques n’a pas chanté cette spécialité belge, mais il n’a pas lésiné sur les Bonbons non périssables. En paroles et en chansons, voici la Bourse, et tout près le Cirio, une Brasserie Art Nouveau. Une scène du film La Bande à Bonnot y fut tournée, avec Jacques. Une photo souvenir y est toujours accrochée. Bien sûr, le trajet passe par l’Ancienne Belgique (AB actuelle) où Brel chanta avant de se produire à l’Olympia à Paris. Et Brel ne serait pas Brel, sans la place Sainte-Catherine que Jacques fait revivre au temps ou les hommes s’y promenaient en gibus et les dames en crinoline. Dans nos écouteurs, Brel éclate…

Une vingtaine de   chansons enchantent ce parcours de 2h 40 qui autorise toutefois des raccourcis le ramènant, si l’on veut, à moins de deux heures. Un trajet que l’on fait en prenant le temps de se poser peut-être là où Jacques reprenait son souffle. Une façon originale de redécouvrir Jacques? Sans aucun doute. Et de retrouver Bruxelles, que nos yeux fatigués par l’habitude ne voit plus. Evidemment, il s’agit d’enfiler ses baskets car les pavés “les pavés de ma rue” disait Brel, ne pardonnent pas. Et prévoir un imper car “Il   peut pleuvoir sur les Boulevards” et   quoi que Brel ait pu dire, il n’y pas toujours sa mie (ou son ami) auprès de soi pour qu’en s’en fiche!

> Fondation Jacques Brel, Place de la Vieille Halle aux Blés 11, 1000 Bruxelles. 02/511 10 20. www.fondationbrel.be

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