Jacques Brel: une œuvre, dix chansons

De son premier 45 tours enregistré à Bruxelles à son disque testament Les Marquises, l’homme a signé quatre cents chansons. Plusieurs sont entrées dans la mémoire collective.

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Amsterdam

Amsterdam n’a jamais été enregistrée sur un disque studio. Sa version officielle figure sur le testament public Olympia 1964. Pièce maîtresse, elle a été magnifiquement reprise par David Bowie en 1970. “Amsterdam, disait Brel, c’est un symbole, c’est le port, c’est l’aventure qui commence demain et à laquelle tous les hommes rêvent. C’est presque une chanson de virilité.”

Les F… (chanson comique)

En 1977, alors qu’il vit à l’autre bout du monde, Brel décoche sa dernière droite. Dans Les f…, sur son ultime album, il écrit: “Nazis durant les guerres et catholiques entre elles/Vous oscillez sans cesse du fusil au missel”. Comme si le message n’était pas assez clair, à un journaliste qui lui demande     pourquoi il a titré le morceau Les f… et non les flamingants, il répond: “On ne dit pas de grossièreté”. Olivier Todd, son biographe: “Il ne comprenait pas bien les revendications des Flamands, il n’a jamais bien compris comment ils avaient été exploités et combien ils avaient souffert. Encouragé par ce qu’il y avait de franchouillard chez lui, il les a brutalement attaqués. La chose intéressante, chez Brel, c’est qu’il est capable de toucher au sublime en se trompant totalement. Dans Les f…, les mots sont magnifiques, mais ils sont aussi d’une injustice totale”.

Les vieux

Dès trente ans, Brel signait ses cartes postales et ses lettres “Le vieux”. Une hantise, chez lui. “Les vieux, c’est descriptif, c’est un petit portrait. J’ai été élevé par des gens très âgés. C’est pour ça que je les connais bien. En réalité, j’ai voulu un peu déranger les gens. Il y a beaucoup de choses que j’ai connues dans cette chanson”. Sur son dernier album, Brel reviendra sur le thème.

Ne me quitte pas

En 1959, Brel quitte sa compagne Suzanne Gabriello qui a toujours prétendu que la chanson avait été écrite pour elle. Brel avait un tout autre avis: “C’est l’histoire d’un con, d’un raté. Ça n’a rien à voir avec une femme”. Traduite en anglais, la chanson devient un succès aux États-Unis, interprétée par Nina Simone, Barbra Streisand et Frank Sinatra. Ne me quitte pas a été élue chanson du   siècle par l’association des radios francophones.

Jef

“Jef, ce n’est pas un ami, c’est les amis, disait-il. Il y a un peu tout le monde, un peu de moi aussi.” L’histoire dit qu’un soir sinistre, Brel se promenait avec Jean-Pierre Grafé dans les environs du pont d’Avroy à Liège. À la sortie d’une boîte de strip-tease, Grafé lui tape sur l’épaule: “Allez, Jef, t’es pas tout seul”. Jacques répond par une tape dans le dos de son ami: “Oui, nous irons même en Amérique”.

Le plat pays

Il disait aimer son “plat pays même si les gens y sont trop petits”. Sur la chanson, il ne s’étendait pas. “Un arbre pour moi, ce sera toujours un “boom”. Parce qu’on dit “boom” en flamand. Quand je pense “arbre”, c’est avec certains paysages, avec certaines couleurs du ciel. Et le ciel, en Flandre, il est bizarre, il est très bas. On a l’impression qu’il va se déchirer aux toits des maisons. J’ai bien aimé faire une      chanson qui reprenne cette ambiance-là.”

Les Bourgeois

Lorsqu’il arrête ses études, Brel reçoit un ordre de son père: il doit rejoindre la cartonnerie familiale. Il lui faut un travail. “Les bourgeois, c’est une forme de matérialisme… Il faut penser à plus tard. C’est tout ce qui tue le rêve. C’est la sécurité. C’est une forme de médiocrité de l’âme. C’est tout ce que je n’aime pas.”

Ces gens-là

Brel aimait décrire ce qu’il n’aimait pas. “Dans Ces gens-là, le gars qui chante, c’est un faux témoin. Un type qui analyse, qui raconte une famille. Son analyse est fausse, du fait qu’il est amoureux de la fille. C’est pas un mec bien, c’est tout. On pourrait croire, au début, qu’il est courageux. Or il ne l’est pas.”

Quand on n’a que l’amour

“Il y avait une dame qui parlait à la radio. Et elle devait dire des choses très sérieuses… Il m’est venu à l’esprit que tout cela était bien joli mais que c’était l’amour l’essentiel. Tout le monde le sait. Je ne sais pas pourquoi j’y ai pensé à ce moment-là.”

J’arrive

Homme d’excès, Brel a joué avec la mort. Qui le lui a bien rendu. “Mourir, c’est la seule chose intelligente que l’on va faire après cette naissance que nous n’avons pas choisie, disait-il. Je n’ai pas peur de    mourir. Nous sommes provisoires, nous sommes éphémères. […] Alors, cette putain de vie, il faut la vivre. Il faut essayer que ce soit joli, tendre.”

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