Maniac, le délire cinéphile de Patrick Somerville et Cary Fukunaga

Débarquée le 21 septembre sur Netflix, la série Maniac intrigue, bouleverse, énerve et émeut. Loin de laisser les spectateurs indifférents, ce road-trip cosmique est rempli de références au 7e art dont il reprend allègrement les codes.

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On ne savait pas trop quoi en penser à la vue du premier épisode. Mélange entre film d’auteur et récit de science-fiction, Maniac n’est pas une série que l’on binge-watch. À l’image du rythme lent qu’elle nous impose dans chaque épisode, Maniac se regarde avec parcimonie… pour en savourer encore plus chaque détail. Réalisée par Cary Fukunaga (à qui l’on doit également la saison 1 de True Detective et le film Netflix Beasts of No Nation) et scénarisée par Patrick Somerville, elle est une libre adaptation d’une série norvégienne éponyme de 2015.

Elle nous plonge dans un New York atemporel où le wifi n’existe pas, mais où des robots vintage nettoient les rues. Dans cet univers déjà bien particulier, deux personnages atypiques vont se retrouver au sein d’une expérience pharmaceutique menée par trois scientifiques (portés à l’écran par Justin Theroux, Rome Kanda et Sonoya Mizuno). Owen (incroyable Jonah Hill) a été diagnostiqué schizophrène dès l’enfance. Fils d’une grande famille d’aristocrates new-yorkais, il voit et entend des choses qui n’existent pas. Annie (bluffante Emma Stone) est une jeune femme dépressive devenue accro à une étrange pilule en forme de A. En rejoignant l’essai clinique, l’un pense être chargé d’une mission de la plus haute importance pour la CIA, tandis que l’autre n’est là que pour avoir accès à cette fameuse pilule. Les deux trentenaires se retrouvent au milieu d’une bande de cobayes volontaires, dans un bunker futuriste, sans aucun contact avec le monde extérieur (qu’ils tentent par ailleurs chacun de fuir).

Jonah Hill, Maniac © NetflixJonah Hill dans le rôle d’Owen pour Maniac © Netflix

En prenant successivement les pilules A, B et C, Owen et Annie se retrouvent dans des rêves qui se superposent et où chaque détail a son importance. Ainsi, si certains se plaignent de la soit disant lenteur du début de la série qui aurait peiné à entrer dans le vif du sujet (l’expérience scientifique) en présentant les personnages en deux épisodes, ces derniers ont toute leur importance pour la suite de la série. En effet, chaque aspect de la vie des deux héros présentés dans ces deux premiers épisodes est ensuite décliné dans leurs trips hallucinatoires où ils se rejoignent sans cesse. Des retrouvailles d’ailleurs imprévues qui intriguent les auteurs de l’expérience. Ceux-ci tenteront systématiquement de les séparer.

Le 7e art en série

Maniac est une vraie pépite pour les plus cinéphiles d’entre nous. Même si Fukunaga ne s’est pas prononcé sur le sujet, la série est remplie de références cinématographiques. Un fait confirmé par Somerville lui-même : « Il existe beaucoup de références dans Maniac, mais elles sont très peu appuyées. Elles servent juste à positionner visuellement notre univers, et apportent une dimension ludique à la série » a-t-il confirmé en interview. Ainsi, l’ordinateur GRTA rappelle HAL 9000 de 2001, l’Odyssée de l’espace. L’expérience scientifique sur les bons souvenirs fait diablement penser à Eternal Sunshine of the Spotless Mind. La table de la salle commune semble inspirée du Nostromo d’Alien, le huitième passager.

Justin Theroux, Maniac © NetflixJustin Theroux en scientifique tourmenté dans Maniac © Netflix

Des clins d’œil aux classiques Le Seigneur des Anneaux, Vol au-dessus d’un nid de coucou, Matrix, Arizona Junior et Docteur Folamour sont aussi présents à l’écran. Sans compter les petites références à la filmographie de Fukunaga lui-même : Beasts of No Nation devenu Beasts of Urination ; Jane Eyre, Jane Derrière et True Detective transformé en True Erective.

En regardant Maniac, on passe d’une émotion à l’autre avec fluidité : tristesse, nostalgie, rires… La réalisation millimétrée de Fukunaga apporte une esthétique incomparable à ce show de dix épisodes. D’après Emma Stone elle-même, le réalisateur est « impliqué sur un plateau à un degré assez délirant », témoigne l’actrice. « Il repère le moindre détail, pense à tout ce qui pourrait améliorer la série. L’affaire était délicate sur un tournage aussi complexe, avec ce scénario à tiroirs, ces multiples décors. Il a repoussé les limites du travail et de la fatigue en trouvant toujours matière à creuser un élément imprévu ». Et le résultat est là : une série sublime, intelligente, cosmique, étrange qui se démarque clairement dans le paysage sériel actuel et qu’on ne peut s’empêcher de regarder, sans vraiment savoir pourquoi.

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