Un peuple et son roi : Ah ! ça ira, ça ira…

Pierre Schoeller ressuscite les figures de la Révolution française dans une ambitieuse fresque citoyenne.

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Ça commence à la bougie, dans l’atelier d’un faiseur de verre des faubourgs de la Bastille. Pierre Schoeller (L’Exercice de l’Etat) s’est lancé dans l’une des plus belles ambitions du cinéma récent, confrontant la figure crépusculaire de Louis XVI (précieux Laurent Lafitte, hanté par ses illustres ancêtres) à celle du peuple de Paris avec une acuité ultra contemporaine. Etalé de la prise de la Bastille (1789) à la mort du roi (guillotiné en 1793 sur la place de la Concorde à Paris), en passant par la fuite à Varennes (en juin 1791 qui rompt la confiance entre le peuple et le monarque et acte « la mort de la royauté » comme le dit l’historienne Mona Ozouf), le film retrace l’émergence d’une conscience républicaine, traquant les gestes et les figures qui ont fait date. On retiendra le rôle des femmes de Paris (Adèle Haenel en lavandière engagée), les martyrs de la Révolution, les discours phares des députés (Denis Lavant en Marat ou Louis Garrel en Robespierre pré-Terreur, rappelant « qu’il n’y a pas deux manières d’être libre »), le choix de figures populaires (Gaspard Ulliel en croquant, Stéphane de Groodt en prêtre de campagne), sous le regard humaniste d’un artisan visionnaire (Olivier Gourmet). De cette fresque pharaonique (un budget de seize millions d’euros qui a permis notamment la reconstitution du Manège des Tuileries où siégeaient les assemblées révolutionnaires), il faut saluer la portée citoyenne toujours contemporaine (malgré le rythme haché et l’effet « défilé » de figures historiques, que le film n’a pas le temps d’incarner) – martelant le devoir d’héberger ou les valeurs d’égalité, plus que jamais nécessaires devant la sidération de l’Histoire.

 

 

Drame historique

Un peuple et son roi

Réalisé par Pierre Schoeller. Avec Olivier Gourmet, Adèle Haenel – 121’

 

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