Bouquet de bouquins

La compétition est ouverte, mais personne n’arrivera à lire les 567 nouveaux romans annoncés cette rentrée. La preuve… Nous en avons retenu cinq. Jusqu’ici, en tout cas…

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Pense aux pierres sous tes pas

Jumeaux, Marcio et Léonora ont 12 ans, s’adorent et s’adonnent à des jeux dont personne ne connaît la nature. Élevés à la dure, ils sont séparés lorsque leur père les surprend un soir en pleine activité sensuelle. Léonora est envoyée chez un oncle. Marcio continue son travail à la ferme, incapable de soigner sa peine, blessé mais décidé à faire la route qui le sépare de sa sœur… Dans un pays imaginaire où les noms des lieux et des personnes (Morgiu, Barbaragia, Sassaru…) ont une troublante assonance sarde, Antoine Wauters, déjà remarqué avec Nos mères (prix La Première) imagine un conte sombre d’où s’échappe une poésie, délicieuse et vénéneuse. Sur des paysages arides et rudes – terre soumise aux caprices des dictateurs – le Belge évoque avec délicatesse les thèmes de l’inceste, de l’amour absolu, de la violence familiale et du refus de l’autorité. Pour info, il fait paraître un deuxième roman au même moment – Moi, Marthes et les autres.

Antoine Wauters, Verdier, 185 p.

Un monde à portée de main

Belga Image

Maylis de Kerangal – Photo : Belga Image

À Bruxelles, dans la commune de Saint-Gilles, Paula la Parisienne apprend son métier – peintre en décors. Dans cette école de la rue du Métal (qui existe vraiment, il s’agit de l’Institut supérieur de peinture Van Der Kelen-Logelain), elle fait la connaissance de Jonas, petit génie à casquette de base-ball avec qui elle partage un appartement, et de Kate, amie au long cours. Après les années d’apprentissage durant lesquelles le trio s’initie à l’art du trompe-l’œil, Maylis de Kerangal focalise sur le trajet et professionnel de Paula, engagée à Cinecittà sur le tournage d’Habemus Papam de Nanni Moretti, sur les décors d’Anna Karénine à Moscou et sur la reconstitution des grottes de Lascaux. Prétextes pour la romancière à tordre la langue afin d’exiger d’elle la plus franche exactitude dans la description des matières, des couleurs et des techniques. Le soin documentaire apporté au roman est irréprochable, mais la sensibilité qui avait fait le succès de Réparer les vivants est ici au service d’une tout autre histoire, moins touchante.

Maylis de Kerangal, Verticales, 285 p.

Un tournant de la vie

Christine Angot n’est pas que chroniqueuse dans On n’est pas couché, où beaucoup ont fait sa connaissance. Christine Angot est avant tout une écrivaine qui traque la vérité la plus crue à travers des livres qui, comme ses interventions télé, ne font pas toujours l’unanimité. Avec son refus des artifices romanesques, son flow ininterrompu (le livre est un long dialogue) et sa recension des énervements  amoureux (certains diront neurasthénie), Un tournant de la vie n’échappe pas à la règle.

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Christine Angot – Photo : Jean Luc Bertini/Flammarion

En couple depuis neuf ans avec Alex, la narratrice retrouve Vincent avec qui elle a vécu une histoire d’amour difficile mais inoubliable. Alex et Vincent sont amis, le premier (ingénieur du son) travaille pour le second (chanteur) et ignore tout des messages fiévreux que les deux ex s’échangent. Jusqu’au jour où Vincent montre à Alex les textos que sa compagne lui envoie…   

On sait que Angot a été la compagne de Doc Gynéco et qu’elle a déjà raconté leur rencontre dans Le marché des amants. Elle réactive le récit de cet amour tumultueux dans un triangle dont la description finit par agir comme une clé de bras qui vous plaque au sol. Le livre parle de la fidélité, du mensonge, des cris, du couple comme asphyxiant autorisé et débouche sur un final inattendu qui nous a fichu la chair de poule et failli nous arracher des larmes.   

Christine Angot, Flammarion, 182 p.

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