Jean-Pascal Labille : « Solidarité est un beau mot »

À la tête de Solidaris, l’ex-Union des Mutualités socialistes, Jean-Pascal Labille sait faire parler de sa cause. Ce week-end, il profitera du festival des Solidarités pour réclamer l’inscription de notre sécurité sociale au patrimoine culturel de l’UNESCO.

© Les Solidarités

Faire reconnaître notre système de protection par l’UNESCO ? Voilà un moyen pas comme un autre de frapper les imaginations. Mais aussi faire rebondir le débat de sa modernisation, de défendre la sécurité sociale, questionnée ces derniers temps, même quand le gouvernement N-VA / MR ne s’en mêle pas. Grâce à une démarche symbolique qui la légitime par son passé, mais la projette aussi dans ses missions à venir. Et le débat restera longtemps ouvert. En effet, il faut d’abord lancer une pétition qui réclame cette inscription, documenter la candidature, prouver son assise populaire, obtenir le soutien d’un gouvernement belge et déposer le dossier officiel en mars 2020. Après les élections… Avec, entre autres, un festival dont nous sommes un des fiers sponsors (et qui vient d’annoncer la venue surprise de Gad Elmaleh le dimanche 26 août), des sondages et baromètres sociétaux relayés par les médias, un site de témoignages des bénéfices de la Sécu (Prenons soin de nous), Jean-Pascal Labille, ex-ministre fédéral, sorti de la politique pour redevenir Secrétaire général des Mutualités socialistes, prouve qu’une Mutuelle mène à tout, à condition de savoir s’en servir.

Jean-Pascal Labille © Belga ImageJean-Pascal Labille © Belga Image

La sécu au Patrimoine culturel de l’Unesco, c’est une façon de dire que notre système est en même temps unique et menacé…

JEAN-PASCAL LABILLE –  Les attaques contre la sécurité sociale ressurgissent, et pas seulement en Belgique. On affaiblit son financement. On tente de transformer ses organes de protection en organisations de contrôle… La fraude doit être sanctionnée, mais nous ne voulons pas être le point de contact d’un système de délation. On nous accuse de vouloir conserver nos privilèges. Quels privilèges ? En réalité, on est en pleine révolution conservatrice et le propre d’une révolution conservatrice est de faire passer les autres pour des conservateurs. Dénigrer la sécurité sociale, c’est d’abord dénigrer ceux qui en ont besoin pour mener une vie plus digne. Mais sa mission universaliste protège l’ensemble des citoyens, tous ceux qui, vous comme moi, peuvent en avoir besoin demain. La sécurité sociale est la plus belle invention du XXe siècle. Elle doit rester merveilleuse au XXIe siècle.

Vous avez l’impression que ces discours peuvent convaincre les citoyens ordinaires qui bénéficient largement de ses protections ?

La sécurité sociale fonctionne aujourd’hui comme on utilise un robinet. On a l’impression qu’elle a toujours été là et sera toujours disponible. Mais elle est née de combats et il faudra en mener d’autres pour la préserver et l’adapter. Tous les témoignages qui remontent du terrain nous disent que les inégalités se creusent. Mais certains voient ces inégalités comme une bonne chose pour notre société. Une société qui prône des inégalités ne peut pas défendre la sécurité sociale. C’est antinomique. Les rapports entre les gens ou avec le travail se modifient, la sécurité sociale sera déterminante si on veut demain une société à la fois innovante et protectrice.

Qu’imaginez-vous comme adaptations à la société de demain ?

Il faut moderniser son aspect social. On doit tenir compte de nouvelles réalités, comme les familles monoparentales, l’augmentation des jeunes précarisés. La sécurité sociale est bien sûr un filet de sécurité. Mais elle peut être aussi une échelle qui permet de sortir des états de dépendance. De notre travail, on voit surtout les flux financiers, ce que nous remboursons. Mais plus globalement, nous avons à faire la promotion de la santé et à avoir un rôle d’accompagnement. On a lancé un programme de prévention des maladies cardio-vasculaires ou pour le diabète, afin de réduire les coûts des maladies chroniques et de leurs traitements lourds. Les nouvelles technologies vont de plus en plus permettre à des personnes de rester chez elles au lieu d’entrer en maison de repos. À côté de cela, il y a aussi un combat sur les valeurs. Pour une protection sociale forte, il faut une société inclusive dont la cohésion est assurée par la solidarité.

Festival Les Solidarités © Belga ImageLe festival Les Solidarités © Belga Image

Voilà qui explique votre obsession du mot “solidarité”…

C’est un beau mot et il faut l’utiliser. Le mécanisme de la solidarité est le meilleur : chacun cotise en fonction de ses revenus et utilise en fonction de ses besoins. On doit être le seul organisme qui concerne absolument tous les Belges puisque tous doivent avoir une mutuelle. Nous ne servons pas des actionnaires, mais plus de trois millions de personnes affiliées chez nous. Notre devoir est de nous battre pour que, toute leur vie, ils aient accès à des soins de qualité. Mais une mutualité, c’est aussi un mouvement social qui doit représenter tous ces gens. Et nous voulons défendre la solidarité, mais aussi toutes les valeurs démocratiques.

En quoi un festival musical comme Les Solidarités participe-t-il à votre mission ?

La culture, c’est l’accès à l’information et à son aspect critique. Nous avons beaucoup de considération pour la culture surtout quand elle porte les combats de société. Aux Solidarités, on évite les artistes trop commerciaux qui n’amènent rien, mais on ne veut pas non plus se couper d’une culture dite populaire. D’ailleurs je vois plutôt Les Solidarités comme une fête populaire où la musique joue un rôle important, mais où les gens font la différence. Le climat familial compte beaucoup pour nous, d’où le village réservé aux enfants (12.600 en ont profité l’an passé). Il n’y a pas de démarchage commercial chez nous.

Les Solidarités
Citadelle de Namur, les 25-26/8 (Le 24, journée gratuite de débats)
www.lessolidarités.be

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