Intime Festival : lectures pour tous

Ce week-end à Namur s’ouvre la parenthèse enchantée d’un festival où il n’est question que de rencontres et de livres. Mode d’emploi par les faiseurs de miracles : Benoît Poelvoorde et Chloé Colpé.

Benoît Poelvoorde et Chloé Colpé © DR

L’Intime Festival est né en 2013 de ce qui pourrait ressembler à la lubie d’une célébrité du cinéma. Mais si les caprices de star mettaient toujours aussi bien en valeur la littérature, on pourrait les élever au rang de beau geste. Lecteur boulimique qui commence plusieurs livres à la fois, Poelvoorde est aussi un aventurier qui avance sans boussole, sans faire confiance à une quatrième de couverture.  “La lecture, c’est comme regarder un tableau, un moment sacré, un rendez-vous avec moi-même qui ne doit servir à rien. Le livre ne doit surtout pas être un objet fonctionnel. C’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai un peu levé pied sur le festival. Je finissais par lire utile.”

Même s’il a pris du champ, les goûts de l’acteur transpirent encore ici et là dans le programme 2018.  Il relit Mark Twain ? Mark Twain est l’un des héros de cet Intime.  Il a adoré Le dossier M de Grégoire Bouillier, colossale radioscopie d’un amour perdu et d’une culpabilité (deux tomes de 900 pages) ?  Bouillier est parmi les invités de la fête, avec deux lectures de deux et trois heures très mises en scènes et une rencontre finale. Pour le reste, Poelvoorde se verrait bien simple spectateur de l’événement, même si tout le monde a envie de l’applaudir sur scène pour une grande lecture, la spécialité de l’Intime. Il s’est récemment plié à l’exercice au Festival de la Correspondance de Grignan, où il a lu des lettres d’Henri Michaux sous la direction de Patrice Leconte.  “Ce n’est pas mon truc. Je l’ai fait pour lui faire plaisir” (ils ont tourné ensemble La guerre des miss – NDLR). Cela ne l’empêchera pas d’animer avec Daniel Goossens une carte blanche sur Gary Larson, cartooniste américain expert en mécanique de l’absurde. “Une cure de bien-être existentiel. Un des hommes qui m’a le plus fait rire au monde et que j’aimerais que tout le monde découvre. Son génie ? Un dessin et une phrase, c’est tout.”

L’affiche de cette alléchante sixième édition est donc cette fois surtout l’affaire de Chloé Colpé, Namuroise comme Poelvoorde. Fille du directeur du Théâtre Royal qui loue ses salles à l’événement, elle s’est chargée de productions artistiques entre la France et la Belgique. Elle termine aussi un doctorat à l’université de Louvain-la-Neuve, écho de son travail avec l’homme de théâtre Wajdi Mouawad (Incendies, Des femmes) : l’observation pendant cinq ans du passage de l’adolescence chez 50 jeunes.

Benoît Poelvoorde un peu en retrait cette année, c’est le signe que le festival est en train de changer ?

CHLOÉ COLPÉ – Benoît était très présent l’an passé pour les cinq ans. Cette fois, il avait beaucoup de tournages… On a créé le festival ensemble, mais en sachant qu’il s’engagerait plus ou moins selon le moment. Mais, toute l’année, on a des discussions autour des livres. En fait, c’est la sixième édition et pas grand-chose n’a changé depuis les débuts. La même envie nous guide: mettre en avant des livres qui nous ont bouleversés et des auteurs qu’on admire. Mais l’appui du public nous a donné des ailes. On ose davantage qu’en 2013. Pour les grandes lectures, on envisage de faire appel à des comédiens de théâtre, moins connus mais très bons lecteurs. De plus en plus, on fait se croiser littérature, photographie, cinéma, musique. Cette année, on invite Emmanuel Meirieu, un metteur en scène qui adapte des textes littéraires, textes souvent présentés au festival (ici Des hommes en devenir de l’Américain Bruce Machart, présent à l’Intime en 2014).

Le succès de l’Intime Festival continue-t-il de vous étonner ?

Il nous a étonnés et, en même temps, les gens ont tellement besoin de sens, de réflexion, de rencontres. Le succès du festival, c’est un parti pris fort dont on n’a pas dévié. On fait très attention de ne pas succomber à l’actualité et aux modes littéraires. Ce non compromis, c’est Benoît qui l’a tout de suite installé. Qu’il soit là ou pas, je veux maintenir cette exigence.

Comment montez-vous vos grandes lectures ? Avec quels arguments ralliez-vous les acteurs qui vont s’y prêter ?

La spécificité de l’Intime, c’est de ne pas faire de diffusion. Nos grandes lectures sont des créations originales. Nous décidons des textes, réalisons leur montage et choisissons les lecteurs (dans ce “nous”, il y aussi Sylvie Ballul, conseillère littéraire qui, notamment, met en forme les textes). Beaucoup de comédiens refusent. Ceux qui acceptent sont ceux qui aiment lire et connaissent la réputation du festival. Parfois ce sont des amitiés avec Benoît… Et il y a de vrais coups de cœur, comme Mathieu Amalric qui, cette année, a complètement flashé sur Des jours sans fin de Sebastian Barry, le texte important d’un grand écrivain.

Têtes d’affiche

 Mathieu Amalric

L’acteur réalisateur (il a récemment signé Barbara qui a valu le César de la meilleure actrice à Jeanne Balibar) lira Des jours sans fin de Sébastian Barry. Une épopée dans l’Ouest américain, l’aventure de deux hommes, amis amants, qui traversent la violence de l’histoire – Vendredi 24 à 20h30.

 Marie Gillain

L’actrice plonge dans le roman familial de Violaine Huisman qui décrit la relation entretenue par une mère fantasque “une force de la nature” – et ses deux filles. Un texte à la portée poétique, emmené par un titre hommage à la femme qui rêvait de liberté: Fugitive parce que reine – Dimanche 26 à 12h.

 Lize Spit

Phénomène de la littérature belge, Lize Spit, 27 ans, casse tout sur son passage avec Débâcle, traduit du néerlandais – récit troublant et presque silencieux d’une vengeance au plus profond de la Flandre profonde. C’est l’invité sensation de cette édition – Dimanche 26 à 15h45. 

 

Intime Festival
Les 24, 25 et 26/8. Théâtre de Namur.
081/ 22.60.26. www.intime-festival.be

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