Esperanzah! : Bella Ciao et tout beau Lavilliers

D’une classe absolue, Bernard Lavilliers a illuminé la deuxième soirée du festival Esperanzah! Plus tôt dans la journée, le public de l’Abbaye de Floreffe a eu droit à l’énorme bamboula balkanique de Goran Bregović. Entre deux envolées cuivrées et un air de cinéma, le compositeur a catapulté ‘Bella Ciao’. Plus fort qu’un coup de soleil, l’hymne de ‘La Casa De Papel’ a laissé des traces...

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Une brise légère, un courant d’air  : la nuit tempère – enfin – les surchauffes de la journée au moment où Bernard Lavilliers et ses musiciens s’emparent de la scène du Jardin. D’un coup, la moyenne d’âge des festivaliers s’élèvent. C’est que l’homme a fidélisé un large public en Belgique au cours de sa carrière  : quatre décennies d’engagement, de poésie et de mélodies pour échafauder une vision de la chanson française singulière, sans œillère. Samedi soir, à Esperanzah!, le Stéphanois a fait valoir toute la richesse de son répertoire. Rock, reggae, bossa nova, funk, salsa et autres ballades fantasmées sur les sentiers d’Afrique viennent parfumer des textes enivrants. Cheveux blancs, costume de commandant, Bernard Lavilliers habite littéralement ses chansons. Parolier hors pair, il peut aussi compter sur des musiciens d’exception (trois Belges, trois Français : l’égalité parfaite, cette fois).

Dans le cadre féérique de l’Abbaye de Floreffe, l’artiste fait d’abord la part belle aux morceaux de son dernier album, l’excellent ‘5 Minutes au Paradis’. Ancrés au cœur de l’actualité, les thèmes du disque naviguent des eaux de la méditerranée (‘Croisières méditerranéennes’) aux flots de restructurations qui coulent la société de consommation (‘Bon pour la casse’). Précis, parfois proche d’un Bashung dans son interprétation, Bernard Lavilliers fait du bien là où ça fait mal. Et puis, il y a les tubes, comme cet indémodable ‘On The Road Again’, joué de front, en rang serré. Quatre guitares, une basse, un cajón et une contrebasse  : le collectif impressionne. Dans la fosse, les gens reprennent le refrain d’une seule voix. Les frissons sont là. Après une journée de canicule, c’est juste délicieux.

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Plus tôt dans la journée, les musiciens de Liniker E Os Caramelows sont venus comparer le soleil de Floreffe et celui du Brésil. Venue de São Paulo, la troupe distille des couleurs tropicales dans de majestueuses embardées soul-funk. Au micro, la figure transgenre de Liniker De Barros apporte charisme et sensualité à l’ensemble. Au-delà d’une personnalité marquée par la virilité du sport (ses parents adoraient les buts du footballeur anglais Gary Lineker), l’artiste affirme toutes ses sensibilités dans des chansons gorgées de soleil. Magnifique. Tout comme la prestation de Tshegue, furie imaginée entre l’Afrique et l’Occident. Entre transes tribales, post-punk et une belle panoplie de rythmes syncopés, le groupe franco-congolais façonne une irrésistible machine à danser.

À l’heure de l’apéro, les festivaliers ont levé un verre à la santé de Goran Bregović. Connu pour ses musiques de films, le compositeur s’est offert un tour des Balkans en compagnie d’un orchestre biberonné aux fêtes de mariage et d’enterrement. Les cuivres chauffent sur des rythmes endiablés. Dans la foule, on charge sur ‘Kalachnikov’, on chante sur ‘In The Death Car’, tube popularisé aux côtés d’Iggy Pop et, en apothéose, on se paie un pogo d’anthologie sur ‘Bella Ciao’, hymne à la résistance ragaillardi par le récent succès de la série Netflix ‘La Casa De Papel’. Un excellent moment.

 

Photo: Gaetan Nadin

 

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