L’Odyssé Kubrick

Il aurait eu 90 ans... s'il n'était pas mort. Logique imparable ; mais Stanley Kubrick n'est pas n'importe qui. Il est de ceux qu'on regrette, de ceux dont on se dit "combien de chefs d’œuvre emporte-il ?".

Stanley Kubrick © Belga

C’est un petit gars du Bronx, né le 26 juillet 1928 dans une famille juive d’origine européenne, qui se voit offrir pour son treizième anniversaire un appareil photo de la part de son père, lui même photographe amateur. C’est le début d’une véritable passion. A 16 ans, le gamin, Stanley, devient photographe indépendant pour le magazine Look, un illustré bénéficiant d’une forte audience.

Mauvais élève, Stanley ne réussit pas à entrer à l’université. Il se lance alors dans le cinéma. Et il apprend par lui-même, en autodidacte. Il visionne des heures et des heures de films, du bon comme du mauvais. Après quelques documentaires – dont certains sont remarqués pour leur qualité… photographique – il réalise en 1953, grâce à de l’argent emprunté à ses proches, un premier long métrage, Fear and Desire, où apparaissent des thèmes qui seront récurrents dans son œuvre : la guerre, les soldats, le choix entre le bien et le mal. Succès critique mais échec commercial, le jeune Stanley enchaîne avec Le Baiser du tueur en 1955, qui est son premier et unique scénario original.

Et Stanley devînt Kubrick

Sa carrière est lancée grâce L’Ultime Razzia en 1956. La star hollywoodienne Kirk Douglas le remarque et veut tourner avec lui. Ce sera Les sentiers de la gloire en 1957. Ce film, très critique vis à vis des autorités militaires françaises, n’est diffusé qu’à partir de 1975 en France, non à cause de la censure mais parce que les producteurs préfèrent ne pas le distribuer. Autorisé en Belgique, il est néanmoins fortement conspué. La collaboration avec Douglas se poursuit avec le péplum Spartacus mais Kubrick n’est pas fait pour Hollywood. C’est en Angleterre qu’il tourne Lolita et son excellentissime Dr Folamour.

Intransigeant voire colérique, Kubrick est aussi connu pour les relations houleuses qu’il entretient avec ses acteurs. Fâché avec Marlon Brando, il ne va pas au bout de La Vengeance aux deux visages, que la vedette termine elle-même. Sur le plateau de Shining (1980), Kubrick fait répéter certaines scènes des dizaines des fois à l’actrice Shelley Duvall qui n’en garde pas un très bon souvenir.

Les films de Kubrick sont tous identifiables. Il est attaché à suivre les dernières innovations techniques. Son travail s’en ressent. Il utilise ainsi la steadicam, une caméra pour réaliser des travellings stables (Shining), des objectifs permettant de filmer avec seulement l’éclairage d’une bougie (Barry Lyndon) et tous les effets spéciaux présents dans 2001 : L’odyssée de l’espace, qui lui valent le seul oscar de sa brillante carrière. La musique, principalement issu du répertoire classique, est également essentielle dans ses films. Qui n’est pas émerveillé par cette scène de Barry Lyndon, où Ryan O’Neal et Marisa Berenson se rapprochent en cadence sur des notes de Schubert ? Ce n’est pas une scène de cinéma, c’est une chorégraphie.

Le scénario retrouvé

Perfectionniste à l’extrême, il n’accouche durant 50 ans de carrière que de 13 films, mais quels films ! Encore une fois, Docteur Folamour, 2001, Orange Mécanique, Barry Lyndon, Shining, Full Metal Jacket… Et des projets inachevés comme une fresque historique sur Napoléon. Très récemment, un chercheur gallois, Nathan Abrams, a retrouvé un scénario qui date de 1956 et jusqu’ici inconnu. Le script, intitulé Burning secret, est une histoire proche de Lolita, à ceci près que le héros est un garçon tombé amoureux d’un homme plus vieux. Celui-ci se joue de lui pour se rapprocher de sa mère. Il n’est pas impossible qu’un réalisateur contemporain reprenne le flambeau et mène le projet à son terme.

Un été avec… Kubrick

En attendant la sortie d’un film posthume, il est possible de passer le mois d’Août en compagnie du cinéaste américain grâce à la rétrospective que lui consacre le Cinéma Aventure à Bruxelles. Des œuvres encore dérangeantes, provocantes, fascinantes de nos jours, à regarder, re-regarder, re-re-regarder…

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