Couleur Café 2018: la nouvelle génération prend le pouvoir

Boostée par la présence de Damso, Angèle, Selah Sue et Melanie De Biasio, la première journée du festival bruxellois avait des airs de Fête Nationale. La Belgique unie et diversifiée de demain a triomphé. Trop cool.

copyright Mathieu Golinvaux

Une première journée de rêve!!!  Nous ne pouvons pas résumer d’une autre manière le démarrage de l’édition 2018 du festival Couleur Café ce vendredi au pied de l’Atomium. Du soleil, un site bucolique où l’on parle toutes les langues, la fin des examens, le début des vacances et une programmation musicale qui a vu triompher la nouvelle scène noir-jaune-rouge. Toutes les conditions étaient réunies pour s’abandonner dans une fête totale et rappeler aussi quelques réalités du monde de 2018. Alors oui, messieurs les sponsors et les censeurs, Damso fédère bien plus que vous ne l’imaginez. Oui, le jazz peut séduire au-delà de son club élitiste. Oui, la chanson pop française se renouvelle grâce à des jeunes femmes qui ont choisi de rester naturelles. Oui, quand on s’appelle Selah Sue,  on peut tenir en haleine une assemblée de 23.000 personnes sans nouveau disque à promouvoir. On vous fait le débrief…

Damso loin au-dessus des autres

Tout un symbole. A quelques mètres du siège de l’Union Belge et  des banderoles d’un opérateur télécom qui a fait du lobbying pour le priver d’hymne de Coupe du Monde, Damso a pris le pouvoir sur Couleur Café. C’était lui la tête d’affiche incontestable de cette première journée. C’est pour lui que la majorité du public s’est déplacée à l’Atomium. Ce sont ses chansons qui étaient sur toutes les lèvres et sur toutes les vidéos filmées par smartphone. Damso est venu en numéro 1 de la scène hip-hop francophone. Il est reparti avec sa couronne, sous les cris hystériques et avec la promesse d’un nouveau rendez-vous en salle programmé le 14 décembre au Palais 12.

copyright Mathieu Golinvaux.jpgAccompagné d’un beatmaker, Damso impose avec son flow singulier et ses beats mélancoliques les titres de « Lithopédion », dernier volet d’une trilogie entamée avec « Batterie Faible » et « Ipséité ». Intelligent, il ne prend pas la peine de régler ses comptes, de clasher ou de polémiquer. Il se concentre sur son projet. Il chante son répertoire. Il chante sa vie. Il chante la vie. Et fait la différence en osant s’aventurer dans des formats pop (Macarena livré en fin de set dans une ambiance de folie) ou en puisant dans ses racines congolaises avec, çà et là, ces petites touches de rumba parfaitement de circonstances dans un festival qui s’appelle Couleur Café.  Un set carré, sans bavure dont la seule surprise fut peut-être l’absence de Silence, son duo avec Angèle qui se trouvait pourtant dans le backstage.

Angèle sous le soleil

Qu’elle était mignonne dans son training Adidas rouge. Qu’elle avait chaud sur la scène du Red Stage exposée face au soleil. Qu’elle était émue notre Angèle. « Ces dernières années, j’avais l’habitude de venir à Couleur Café comme spectatrice. Et là, je suis scène devant vous. Je vois mes potes, ma famille. C’est trop cool ». Tout aussi cool, sa prestation qui débute avec l’excellent nouveau single La Thune et cette rythmique reggae avec grosse basse et grosses vibes. Un summer hit en puissance, on vous le dit. Entourée d’un groupe de musiciens depuis le printemps dernier, Angèle a plus de liberté pour s’exprimer. Elle danse, elle saute, elle fait s’agenouiller l’assistance, dévoile une nouvelle chanson mélodieuse (à paraître sur son album annoncé pour le 5 octobre) seule au clavier et relance la machine. Ses textes parlent de réseaux sociaux, d’apparence, de bobos sentimentaux et de vagues à l’âme qui colle à notre époque et aux oreilles. De la pop moderne entraînante, bien foutue et exprimée par une jeune femme faite pour la scène. Pour reprendre une expression qu’on entend tous les jours sur le plateau foot de Benjamin Deceuninck, Angèle monte en puissance. Vivement l’album. 
Ne ratez pas notre interview d’Angèle dans le Moustique du 4 juillet.

Coldplay ©Benoît Bouchez

Melanie dans sa bulle

Soyons honnête, le concert de Melanie De Biasio était casse-gueule. Proposer dans un théâtre en plein air une musique intimiste dont chaque souffle, chaque note, chaque silence a son importance avait tout du défi. Pour elle, pour ses musiciens et aussi pour ses fans qui ont du mal à « rentrer »  dans son univers, trop perturbés par les bavardages intempestifs et les allées et venues des « curieux « . Pourtant, en se concentrant, les oreilles et les cœurs n’ont pu rester insensibles, notamment sur une très belle version de Your Freedom Is The End Of Me, qui a libéré l’artiste et son groupe. D’autres auraient baissé les bras. Melanie a eu la bonne attitude et s’est concentrée sur sa musique. Respect.

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Selah grosse surprise

C’est la grosse surprise de la soirée. On a beau connaître l’histoire d’amour particulière entre la chanteuse louvaniste et Couleur Café, nous ne nous attendions pas à un tel accueil. A peine remis de Damso, le public a fait un triomphe à Selah Sue. Son nouvel album n’est pas attendu avant 2019.

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