Savez-vous d’où vous venez?

Dans Les jours de Vita Gallitelli, livre inattendu, étonnant et envoûtant, la journaliste américaine Helene Stapinski mène l'enquête dans le passé de son arrière-arrière-grand-mère, partie d'Italie en 1892 pour refaire sa vie aux Etats-Unis

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Elle est partie seule. A l’époque – en 1892 – ça ne se faisait pas. Elle est partie sans son mari et personne ne l’attendait là-bas. Du jamais vu. Elle est partie avec ses trois enfants, mais a perdu sa petite fille, Nunzia, durant la traversée. Avec ses deux fils, Valente (déjà sur place) et Leonardo (arrière-grand-père de l’auteure débarqué à Ellis Island avec sa mère, arrière-arrière-grand-mère de la même auteure), Vita Gallitelli s’est construit une nouvelle vie en Amérique. Pourquoi a-t-elle quitté son bled du Sud de l’Italie – Bernalda (par ailleurs, ville d’où sont originaires les ancêtres de Francis Ford Coppola)? Parce que la misère l’y a poussé. Sans doute. Mais pourquoi ce départ précipité? Et d’où venait l’argent ayant servi à payer le voyage?

Dans la légende familiale d’Helene Stapinski – journaliste new-yorkaise dont le père est d’origine polonaise – il y a cette histoire qui se transmet de génération en génération: VIta était « una puttana » (« une putain ») et une criminelle. Qui a-t-elle tué? Et avec combien d’hommes a-t-elle couché? Obsédée par le silence qui entoure la personnalité de son aïeule, Helene Stapinski prend le mystère à bras le corps et s’attaque à une longue enquête qui finira par établir la vérité sur l’existence de cette femme qui fut suffisamment forte pour toute recommencer, seule, de l’autre côté de l’Atlantique.

Le livre d’Helene Stapinski est le compte-rendu – merveilleux et envoûtant – de cette recherche, à la fois, généalogique et existentielle. On y découvre la vie quasi moyen-âgeuse de Bernalda, dans la Basilicate (coincée entre les Pouilles et la Calabre) où règnent des traditions qui respectent la binarité des classes (les maîtres contres leurs paysans). On se promène dans des villes, des villages et des paysages d’une beauté et d’une dureté dramatiques. On y suit Helene Stapinski qui, dans son infatigable quête, finit par trouver (et rétablir) la vérité à propos de Vita, au centre d’une autre histoire que celle véhiculée par la rumeur familiale.

Au-delà du roman personnel – une fois encore, absolument renversant, et qui ne donne qu’une envie: courir en Italie – Les jours de Vita Gallitelli nous tend le miroir de notre propre aventure familiale. Le livre rôde dans les coins et recoins – zones d’ombres, cul-de sac, impasses – qui ont construit notre histoire. Helene Stapinski écrit : « Un mystère était tapi ici, en Basilicate et en moi, une vérité si prpfondément enfouie que je n’arrvais pas à la mettre jour. Devant la glace, j’ai songé au fait que nous étions tous le résultat de ce que l’on savait, mais aussi de ce que l’on ignorait. » Comme elle a raison…   

Les jours de Vitta Gallitelli, Editions Globe, 325 p.

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