Gorillaz “Nous sommes les agriculteurs de la pop”

Avant de se produire avec son groupe virtuel à Rock Werchter ce 5 juillet, Damon Albarn nous a reçus pour parler du nouvel album “The Now Now”, des années Blur et… d’Eden Hazard. Rencontre exclusive avec un quinqua qui pète la forme.

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C’est la surprise du chef. Moins de quatorze mois après la sortie de “Humanz”, Gorillaz propose un nouvel album de Gorillaz pour égayer notre été. Infatigable, Damon Albarn, du moins son avatar 2D, a conçu quasi tout seul les onze chansons de “The Now Now” lors de la tournée mondiale de son groupe virtuel. Plus intimiste, ce disque pop mélancolique tranche avec les salves funk/hip-hop de “Humanz” et rappelle que le cerveau de Blur ne surgit jamais là on l’attend.

À l’heure du petit-déj’, le quinquagénaire nous attend, cup of tea en main et pétard au bec, dans son repaire discret – un loft aménagé au-dessus d’un ancien magasin de peintures industrielles -, situé dans une rue anonyme du West London. Au rez-de-chaussée, entre des masques africains, des amplis, un clavier miniature et une carte géante du Congo belge (souvenir de Kinshasa où il a enregistré “Kinshasa One Two” en 2011 avec des musiciens locaux), on trouve un exemplaire du Journal d’un hérétique, écrit par le prêtre catholique Mark Townsend. “Je ne suis pas religieux, répond-il face à notre étonnement. Mais je m’intéresse aux religions et à la manière dont les êtres humains essaient de trouver des clefs pour leur salut.

Dhillon Shukla

Voici un an, Gorillaz organisait le Demon Dayz Festival dans un parc d’attractions du Kent, quelques jours après l’attentat de London Bridge qui a coûté la vie à huit personnes. Quels souvenirs en gardez-vous?

DAMON ALBARN – Quand j’ai appris qu’il y avait un attentat, j’ai d’abord pensé à tous mes potes londoniens qui auraient été susceptibles d’être dans le quartier. J’ai eu peur, je me suis dit “ce n’est pas possible” et puis j’ai arrêté de regarder les infos. Ce n’était pas de l’indifférence, mais je refusais de tomber dans ce climat anxiogène. Que ce soit à Londres, à Paris ou à Liège (l’interview s’est déroulée le 30 mai, le lendemain de l’attaque de Liège – NDLR), nous savons que cela fait partie de notre vie. Mais la vie, c’est aussi la fête, la célébration par la musique. Nous l’avons montré avec le Demon Dayz Festival, l’une des choses dont je suis le plus fier.

Ce soir-là, vous avez chanté Kids With Guns écrit en 2015. Ce morceau prend-il une autre signification aujourd’hui?

En 2015, ma mère m’avait dit: “Damon, tu ne devrais pas écrire une chanson sur des gosses avec des flingues”. Je lui ai répondu que c’était pourtant la réalité. En 2015, ce morceau m’avait été inspiré par un élève de l’école de ma fille qui était arrivé  en classe avec un couteau. J’ai bien fait d’écrire cette chanson et de la chanter encore aujourd’hui.

Comment est né “The Now Now”, ce nouvel album de Gorillaz que personne n’attendait?

Il est né sur la route, quand nous étions en tournée avec Gorillaz. La plupart des chansons ont été  écrites sur des rooftops d’hôtels aux États-Unis avec mon laptop et le logiciel GarageBand. Quand on pense au mot “studio”, on imagine une cave ou une pièce sombre sans fenêtres. Je voulais aller contre cette idée, me retrouver à l’air libre, écrire en contemplant le ciel et les étoiles. J’ai fait ce disque en même temps que le deuxième album de mon  projet The Good, The Bad And The Queen. Je n’avais pas prévu d’enregistrer de nouvelles chansons de Gorillaz, mais j’avais plein d’idées en tête et une équipe dévouée autour de moi. Quand je suis dans un tel état d’esprit, ça devient presque une mission pour moi de profiter au maximum de ces moments d’inspiration.

Le hip-hop est la musique mainstream d’aujourd’hui. Est-ce la raison pour laquelle vous vous en éloignez sur “The Now Now” alors que c’était l’une des marques de fabrique de Gorillaz?

Plus qu’une réaction à la musique dominante d’aujourd’hui, “The Now Now” est une réponse à l’album “Humanz” que Gorillaz a publié l’année dernière et à notre tournée. J’étais sur la route avec un groupe pléthorique qui jouait du funk, du  reggae, du dub et du hip-hop pour faire danser les gens. J’ai pris le contre-pied en enregistrant un disque plus pop, plus intimiste, personnel et plus mélancolique. Et surtout, je ne voulais plus avoir un paquet d’invités comme sur “Humanz”. C’est trop compliqué à mettre en place. Sur “The Now Now,” il y a Snoop Dogg et George Benson qui joue de la guitare. C’est peu par rapport aux disques précédents de Gorillaz, mais c’est le gratin.

BelgaImage

Le slogan de “Humanz” était “Nous avons le pouvoir de nous aimer”. Est-ce la même idée véhiculée sur “The Now Now”?

Oui, et ce n’est pas un truc hippie à la con. La musique a un réel pouvoir fédérateur. Elle rend les gens meilleurs. Rien ne peut aller contre ça. Même si le ton est plus mélancolique sur ce disque, toutes les chansons vont dans ce sens.

Dans les années 90, j’étais un petit merdeux arrogant.

Que dirait le jeune Damon à celui qu’il est devenu aujourd’hui?

Il serait assez dur. Pas envers le Damon qui a cinquante balais mais envers celui que j’étais au début des années nonante: un mec arrogant, un petit merdeux. Mais bon, c’est aussi l’époque qui voulait ça. J’étais jeune, j’étais plein de vie, je vivais un truc fou avec Blur, le groupe que j’avais fondé avec mes potes et c’était alors l’attitude qu’il fallait avoir en Angleterre.

Le 5/6. Rock Werchter (complet).

 

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