Ariane Le Fort, la romancière belge est de retour

Discrète, elle livre un roman dont le titre - Partir avant la fin - est aussi beau que son contenu.

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Le titre – Partir avant la fin – résonne plus comme un souhait que comme un abandon. Pourtant, la mère de Léonor, qui sait très bien qu’elle est au bout du chemin, aimerait profiter de cette escapade à la mer pour aller s’y noyer. Léonor et sa soeur partent à la mer du Nord avec cette mère qui s’oublie (dans les deux sens du terme), qui ne reconnaît plus l’homme sur la photo (l’amour de sa vie), confond citron et poisson. Cette mère qui, gênée par l’éclairage, dira à sa fille d’éteindre la lumière et l’entendra à peine lui répondre « Je ne peux pas, maman, c’est le soleil. »

Au centre du roman,  Léonor – 57 ans, vivant seule, respnsable du service éducatif du Musée des Beaux-Arts – voit sa mère partir et regarde un amour arriver. Il s’appelle Nils. Il vit dans un endroit où règnent le désordre, la poussière, les poils de chat (son nom est Chicon),  des plantes vraiment plus très vertes et un lit aux draps tout sauf frais. Mal à l’aise avec le lieu, mais surtout honteuse d’un corps qu’elle n’a plus montré nu à quiconque depuis longtemps, Léonor refuse de se déshabiller pour faire l’amour avec Nils. Pourtant, elle se laissera faire, allant jusqu’à avouer à son nouvel amour qu’elle part bientôt rejoindre l’amant qu’elle traîne dans son coeur depuis des années…

Entre la vie qui finit et l’amour qui naît, Ariane Lefort explore le labyrintthe de l’âme – celle d’une femme ordinaire dont le corps brûle de désir. Avec son écriture gracile et précise, le Prix Rossel d’il y a quinze ans (c’était pour Beau-fils) nous promène à travers des thèmes durs – le naufrage de la vieillesse, l’amour comme masque à oxygène, les souvenirs comme béquilles existentielles – et signe un roman où il fait bon se perdre et se repérer.

Partir avant la fin, Seuil, 176 p.

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