Damso s’explique dans une interview exclusive

William Kalubi aka Damso est la nouvelle idole des jeunes, mais les aînés ne veulent pas l'entendre.

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C’est donc lui, le grand méchant loup… Damso, c’est vrai, pèse lourd. Bientôt un demi-million de son “Ipséité” vendus. Mais, bâti comme une armoire congolaise, le n°1 du hip-hop français parle d’une voix douce et attentive. Pas plus bling-bling que méfiant, Damso se tient à des années- lumière de la caricature du rappeur revanchard. Dans l’affaire de l’hymne pour les Diables, on lui a reproché bien des choses, misogynie, mauvaise influence, mépris, sans l’avoir entendu ni écouté. Ses (chan)sons racontent avec des mots “interdits” des réalités qui ne devraient pas exister. Est-ce sa faute si la vie n’est pas drôle, en particulier la sienne d’enfant échappé de la guerre, d’adolescent en rupture, de Noir dans un pays blanc ? Quand il n’y a rien à manger, doit-on quand même bien se tenir à table ? Les musiques du monde ont souvent mêlé des rythmes réjouissants à des paroles désespérées. Damso en offre son adaptation: des mots (parfois) grossiers sur une musique élégante.

C’est devenu énorme. il y a un pote qui m’a dit: « On parle de toi dans le New York Times ». Ça m’a fait une belle pub.

Damso © Reporters

Mais il est aussi l’homme qui lit pour savoir, déterre des mots rares (“Lithopédion”), indexe ses titres avec des lettres grecques. Dans Macarena, un de ses immenses succès, un jeune, sans doute “bronzé”, qu’une femme un peu plus âgée a utilisé, souffre et se venge. Ça pourrait être un film français d’Anne Fontaine ou de Cédric Kahn et ce serait peut-être applaudi, en tout cas pas contesté. Mais Macarena est un hit pour jeunes, alors il effraie (on trouvera souvent chez Damso des personnages masculins qui ont peur d’être trompés, rejetés, moqués…). On pourrait aussi citer ses histoires de voyous qui jouent avec les stéréotypes du genre, comme dans un autre registre le font les polars gorgés de tueurs en série ou les films d’horreur, notre C’est arrivé près de chez vous ou Kill Bill. Aux publics blancs de ces produits blancs, on prête une capacité de décodage qu’on n’offre pas au public rap. Cette condescendance, même dopée aux meilleures intentions, a des relents paternalistes sans avenir.

Je suis maître de cérémonie. C’est moi qui organise la compétition.

Damso n’est pas dans le combat. Il se contente de faire remarquer que l’an passé aux Ardentes, toute la jeunesse était devant le podium, des supporters congolais avec leurs banderoles, sans doute des musulmans et des juifs et certainement beaucoup de jeunes “blancs” parce que notre pays est ainsi fait et que le hip-hop est leur musique. À tous. Le plus triste n’est pas l’occasion manquée d’un hymne qui aurait réconcilié les générations, la Belgique du bas et celle du haut, mais que Damso n’en ait pas été surpris. Comme s’il n’y avait rien à espérer. Que la jeunesse aime une musique qui n’est pas celle de ses parents n’est pas surprenant. Notre vrai sujet d’inquiétude devrait être qu’ils la vivent repliés sur eux-mêmes, certains que le monde qui les attend ne peut être changé.

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Cover Moustique 20/06/2018 © Moustique

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