Yann Moix veut mettre Emmanuel Macron « Dehors »

Alors que la crise migratoire ne cesse de s’imposer à nous (mort de Madwa, inculpations de deux consoeurs journalistes…), il attaque le président français sur sa politique en matière d’immigration. Un livre carnassier.

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Le propos peut paraître naïf et, pour certains, carrément stupide. Avec Dehors, Yann Moix signe un violent pamphlet dénonçant la politique migratoire du gouvernement d’Emmanuel Macron. Le livre, qui aurait dû s’appeler Dégage (mais Grasset a préféré freiner les ardeurs de son poulain), mord le président de la République au mollet, pointant ses promesses non tenues sur le dossier (tout sauf facile) de l’immigration. Moix décrit le manque d’humanité de la France et énumère les dysfonctionnements couverts par Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur (qui s’en prend plein la gueule)  : gazage des migrants, violences policières, lois anti-immigration, collaboration avec des pays peu exemplaires en matière de démocratie, méthodes rappelant celles pratiquées durant les années 30 (le calcul de l’âge des candidats à l’exil par la mesure de leur ossature.)

On sait que l’auteur de Podium est conditionné par son enfance maltraitée (qu’il a racontée dans Naissance), qu’il est perturbé et dégoûté par le sort réservé aux plus jeunes dans cette crise européenne. Il l’a illustré dans son film Re-Calais, tourné à Calais et récemment diffusé sur Arte. Il enfonce le clou dans Dehors où il écrit : «Un enfant, monsieur le Président, n’est jamais un étranger. Un enfant, où qu’il soit, quel qu’il soit, se trouve toujours au pays des enfants. Le seul pays des enfants, ce n’est pas l’Irak, l’Iran, la Syrie, le Liban, l’Italie, ni la France  ; le seul pays des enfants, monsieur le Président, c’est l’enfance.»

Lettre ouverte, Dehors répond aux règles du pamphlet – excès de langage, mais élégance de la langue, accusations, mais virtuosité de l’écriture. Enervé, déçu, frôlant l’injure, Yann Moix ne propose pas de solutions  : il est écrivain, pas politique. Son livre ne peut convaincre que les convaincus et fera sourire ceux qu’il agace, son rôle de chien méchant dans On n’est pas couché n’ayant rien arrangé à sa réputation d’intellectuel donneur de leçons. On peut, en effet, ne pas être d’accord avec lui sur la dignité et la grandeur d’un pays qui ouvre ses frontières. On peut tout lui reprocher, sauf une chose  : il sait écrire.

Dehors, Grasset, 363 p.

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