Caballero & JeanJass : « Même si le hip-hop francophone a la cote, il est sous-représenté et pas toujours très respecté »

Les frères pétard lancent en orbite le dernier volet de la trilogie “Double hélice”. Du rap comique et cosmique.

Caballero & JeanJass ©Kévin Jordan

Depuis le carton de Repeat en 2016 (2,3 millions de vues sur YouTube), Caballero & JeanJass sont toujours restés dans l’actualité. Clips, concerts, capsules sur le Web, présence remarquée sur la bande-son inspirée du film Les tueurs, production, featurings… Le duo belge reste en mouvement. Il avance, la franchise sous la casquette, la bonne vanne sur le coin de la lèvre et la punchline toujours affûtée.

À la veille d’une tournée marathon des festivals, leur nouvel album “Double hélice 3” clôture une trilogie placée sous le signe de l’hédonisme et des bonnes vibes. On y retrouve ce qui fait le succès du binôme auprès de la nouvelle génération. Soit de l’humour sous la ceinture, une dose de frime, un brin de poésie, un zeste de surréalisme à la belge, ainsi qu’une pléthore de camarades de jeu qui se nomment Roméo Elvis, Hamza, Krisy ou encore Stromae, ce dernier particulièrement inspiré comme producteur de l’énorme Dégueulasse. Même s’ils ont plein d’étoiles dans les yeux (les joints y sont aussi pour quelque chose) et qu’ils portent de belles combinaisons d’astronautes sur la pochette old school de leur disque, les deux garçons gardent les pieds bien sur terre.

À la sortie de votre premier EP commun en 2016, saviez-vous déjà que “Double hélice” allait connaître une suite ?

JEANJASS – Nous ne nous sommes jamais posé la question de cette manière. Nous vivons dans l’instant présent, nous avançons au feeling. Nous faisons beaucoup de scène depuis la sortie de l’EP “Double hélice” et nous n’avons pas envie de jouer chaque soir les mêmes morceaux. Il y a toujours eu chez nous cette volonté de rafraîchir notre répertoire en cours de route. L’idée d’un deuxième volume de “Double hélice” est venue en tournée. Pareil pour celui-ci. La seule différence, c’est qu’aujourd’hui, nous pouvons affirmer presque à 100 % que la trilogie se referme et que nous allons passer à autre chose.

Avez-vous besoin de vous poser pour écrire ou vous ressourcer ?

CABALLERO – Non, et c’est notre grosse chance. Nous pouvons écrire des chansons dans un train, à l’arrière d’un van, dans les loges. dans notre studio Planet à Bruxelles. Nous sommes un duo tout-terrain. On est l’aise partout.

Dès le succès de Repeat, on a parlé de formule magique à votre égard. Comment la définiriez-vous ?

Caballero – Dès que nous avons commencé à collaborer, nous nous sommes rendu compte que nous étions complémentaires. D’un coup, tout allait plus vite avec un résultat plutôt qualitatif. Cela tient plus d’une formule magique inconsciente que d’une distribution précise des rôles. On part d’une idée, d’un truc qu’on a entendu, lu ou vu. Nos chansons, c’est comme une partie de ping-pong. Nous nous répondons, on se renvoie la plume et le micro. C’est assez aléatoire. 

Un album, c’est comme une recette. Tout est question de dosage ?

Caballero – On essaie de faire le disque que nous aimerions écouter nous-mêmes. Ça doit être quelque chose d’aussi naturel et diversifié qu’une journée de ton existence où tu passes par toutes les émotions. Il y a un moment où tu ressens le besoin de réfléchir sur toi-même, un autre où tu as envie de faire le con, de partir à cent à l’heure, de danser, de rêver, d’oublier. En fait, nous essayons d’être le plus transparents possible dans nos textes.

Dans Le monde a changé, vous rassurez les fans en disant que vous êtes comme eux. Ont-ils une fausse image de vous ?

JeanJass – Dans le milieu hip-hop, il y a beaucoup de frime et d’exagération. Tout ça fait partie du game. Parfois, certains fans nous renvoient cette image de stars sous prétexte que nous remplissons des salles et que nous empilons des vues sur YouTube. Même si ce n’est pas le message principal de l’album, nous voulons leur rappeler que nous ne sommes pas au-dessus d’eux. Ceci dit, la plupart   des jeunes qui viennent à nos concerts et qui nous suivent sur les réseaux sociaux savent que nous sommes des mecs normaux.

Dans La lettre, vous vous projetez dans le futur quand vous aurez arrêté le hip-hop. Cette perspective vous fait-elle peur ?

Caballero – Ce titre est inspiré du morceau La lettre du groupe français Lunatic. On s’imagine dans l’avenir et nous regardons avec nostalgie l’époque où nous étions au sommet de la vague. Au-delà du petit délire, ce sont bien sûr des questions que nous nous posons. On sait que tout va très vite dans le hip-hop et qu’il y aura bien un moment où il faudra passer à autre chose. Mais ça ne nous fait pas peur, nous  sommes des cyborgs. Nous sommes infatigables.

Vous êtes invités au Montreux Jazz Festival ce 30 juin. Vous y auriez cru si on vous avait dit ça voici deux ans ? 

Caballero – Cela fait dix ans que nous sommes dans le hip-hop et c’est un combat permanent. On a toujours cette impression que le monde est contre nous. Même aujourd’hui, alors que le hip-hop francophone a la cote, il est sous-représenté et pas toujours très respecté. Pour nous, un concert, c’est un concert. On se donne à fond et on va chercher le public. Tu sais, on joue au Montreux Jazz, mais les radios belges ne nous diffusent toujours pas. La lutte continue.

Le 5/7, Les Ardentes, Liège.
Le 13/7, Dour Festival

Le 22/7, Francofolies de Spa.
Le 4/8, Ronquières Festival.
Le 25/8, Festival Les Solidarités, Namur.
Le 20/10, Festival des libertés, Bruxelles

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