La jolie expo « Un portrait de famille » retrace le court parcours d’Amy Winehouse

Sept ans après sa disparition, le Musée juif de Belgique accueille Amy Winehouse. Un portrait de famille, jolie expo qui replace le court parcours de la chanteuse là où il a démarré - au sein d’une famille populaire et ordinaire.

Amy Winehouse ©The Winehouse Family

Elle disait que, dans sa famille, on lui demandait de la fermer parce qu’elle était toujours un ton trop haut. Elle se justifiait en affirmant qu’elle était bien obligée de gueuler pour se faire entendre dans cette famille. Se faire entendre fut donc le but de sa vie qui la mènera, bien au-delà de son foyer londonien, sur le toit du monde. Car la voix d’Amy Winehouse n’a pas marqué que l’histoire de la dispute familiale, mais aussi celle de la musique pop dans laquelle elle déboule au début des années 2000 (elle a 20 ans) en remettant au milieu du jeu une esthétique soul héritée des sixties.

Cette jeune turbulente, qui n’a laissé que de mauvais souvenirs aux directeurs des différentes écoles où elle est passée, a les goûts d’une vieille dame cultivée. Elle aime Ella Fitzgerald, Tony Bennett, Frank Sinatra et Billie Holiday. L’exposition qui lui est consacrée au Musée juif de Belgique fait référence à cette discothèque vintage qui fut aussi celle de son père, Mitch, chauffeur de taxi et chanteur du dimanche qui, inconsciemment, charge sa fille de réaliser tous les rêves de gloire qu’il a secrètement fantasmés. Une tâche trop lourde à réaliser pour sa carrure de moineau ? Un pari paternel qui, à bien des égards, ressemble à une réussite vécue par procuration…

Un look 50/60 grâce à sa grand-mère

Baptisée Un portrait de famille, l’expo s’attarde sur le cocon familial dont Amy est le produit, insistant (surtout dans la première partie) sur les racines juives de son arbre généalogique. L’histoire d’Amy commence avec le périple d’ancêtres venus de Biélorussie à la fin du XIXe    siècle qui, fuyant l’antisémitisme et la pauvreté, espéraient sans doute rejoindre le Nouveau Monde. L’Angleterre est alors l’ultime escale avant le grand départ pour l’Amérique, expédition que ses aïeuls ne feront jamais, eux qui s’installent dans l’East End, quartier de Londres où se mélangent immigrés et exilés d’Europe de l’Est.

De l’expression de cette identité juive, il reste quelques photos – elles sont exposées ici -, des photos de bar-mitsva, de fêtes religieuses. Des photos de famille tombées d’albums comme nous en avons tous dans nos tiroirs, sauf que, sur les nôtres, on ne voit pas cette gamine au regard franc, aux lèvres ultra-dessinées et à la chevelure noir corbeau qui s’apprête à devenir l’une des grandes chanteuses populaires du siècle naissant. Ces cheveux qui s’élèvent en choucroute de plus en plus haut perchée au fur et à mesure que grandit sa célébrité. En équilibre de plus en plus précaire au fur et à mesure que grandit sa fragilité. Amy Winehouse s’entiche du look 50/60 grâce à sa grand-mère, gardienne d’un dressing dont elle fera sa griffe. Pantalon fuseau, ballerines, pied-de-poule, vichy, petits pois, robes de cocktail, hauts talons… Ces quelques effets intimes, même sous vitrines, dégagent une magie à nulle autre pareille car on imagine ce qu’ils ont pu vivre sur les épaules de cette frêle jeune femme dont les frasques firent les plus beaux jours des paparazzi et les plus laids reportages sur la torture de la célébrité.

Fille ordinaire extraordinaire

Contrairement au film d’Asif Kapadia – Amy, oscar du meilleur documentaire en 2016, qui montre des images d’une immense tristesse (la chanteuse ivre sur scène et huée par la foule car incapable de chanter) -, l’expo ne suit pas sa dérive autodestructrice. En 2011, elle meurt d’une overdose d’alcool. Elle a 27 ans et deux albums à son actif dont un classique – Back To Black. La dimension familiale du projet (il a été mis sur pied avec la collaboration de son frère, Alex) insiste sur le parcours ordinaire d’une fille qui sort du rang. Pour preuve, cette vidéo où on la voit  jeune mais déjà leader mener de front une chorale gospel à l’école du spectacle qu’elle fréquente alors.

Comme n’importe quelle ado des quartiers populaires, Amy Winehouse aime traîner dans les rues de Londres dont elle est la quintessence d’une poésie des pubs où l’on croise le souvenir des bandes d’antan – mods, skins, ska, reggae… Une attirance pour la mauvaise vie qu’elle affiche en exhibant des tatouages qui font d’elle une fille marquée par la passion toxique – celle qui l’unit à Blake Fielder-Civil, ex-mari souvent montré du doigt complètement absent de l’évocation présentée à Bruxelles.

Les portraits géants qui ornent les escaliers du musée, les vidéos dans lesquelles on la voit chanter avec une facilité désarmante (ne pas louper Back To Black qu’elle interprète comme si elle ne faisait que passer mais en vous empoignant les tripes au passage), les objets usuels (qui pourraient être ceux de votre grande sœur retrouvés au grenier) créent une atmosphère bienveillante autour d’un personnage qu’il est difficile de ne pas aimer.

AMY WINEHOUSE. UN PORTRAIT DE FAMILLE, jusqu’au 16/9. Musée juif de Belgique, rue des Minimes 21, 1000 Bruxelles.  

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