Beck: « Au début, la musique, c’était juste pour me faire des potes. »

En exclusivité pour la presse francophone, Moustique avait rencontré le musicien californien en septembre dernier pour la sortie de son album "Colors". Extraits.

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En 1994, le monde découvre un jeune blanc-bec maigrichon qui chante “Je suis un perdant, pourquoi tu ne me tues pas, baby ?” Avec Kurt Cobain de Nirvana et Eddie Vedder de Pearl Jam, Beck Hansen fait passer le rock indie dans la case “mainstream”. Depuis ce coup de génie, Beck n’a jamais cessé de se réinventer. Trois ans après le succès de “Morning Phase”, recueil de chansons sombres bercées de mélancolie et d’arpèges acoustiques, il rebranche les amplis sur “Colors”, met les guitares dans le rouge et fait rimer “girl in bikini” avec “Lamborghini”. Top cool. 

À l’heure du règne de Spotify et de YouTube, est-ce encore important pour vous de sortir un album ?
La majorité du public n’écoute plus d’albums. La tendance est aux playlists, mais je respecte ça. Ado, je confectionnais mes propres playlists sur des cassettes. Mais il y a aussi des albums qui m’ont marqué dans leur entièreté. “So” de Peter Gabriel, “Rumours” de Fleetwood Mac, “Nevermind” de Nirvana, “Revolver” des Beatles, “London Calling” des Clash. Écrire une chanson qui passe à la radio, c’est génial. Mais c’est encore mieux d’en enregistrer dix sur un album dans l’espoir que les gens vont toutes les écouter. En tant qu’artiste, le challenge reste intéressant à relever.

“Colors” sonne comme une célébration de la vie. Est-ce une réaction au climat anxiogène?
La plupart des morceaux ont été composés il y a trois ou quatre ans. “Colors” n’est pas une réponse à la situation actuelle du monde. Quand j’ai commencé à travailler sur ce disque, j’étais particulièrement heureux dans ma vie familiale et artistique. J’ai voulu enregistrer des chansons qui bougent. J’avais envie de revenir à la fonction vitale de la musique pop qui est celle de divertir. Comme références, j’avais en tête “Thriller” de Michael Jackson et “Let’s Dance” de David Bowie, deux albums très optimistes. 

Vous considérez-vous comme un artiste  old school?
Je suis entre les deux. J’aime enregistrer des disques “à l’ancienne” dans un studio, avec des micros, des vrais instruments et de vrais musiciens. Mais j’adore aussi les sonorités générées par des logiciels comme on les entend sur les productions hip-hop actuelles. “Colors” est le fruit de ces deux approches. Tous la musique que vous entendez a été jouée par des êtres humains. Mais on s’est servi des nouvelles technologies pour sonner comme un disque moderne.

Voici vingt-cinq ans, vous commenciez votre carrière dans les clubs de Los Angeles. À quoi rêviez-vous alors?
C’était très créatif de vivre à Los Angeles au début des années 90. Je jouais des reprises folk et je bricolais mes petits trucs dans mon coin. Il n’y avait pas de règles, pas d’argent et tout le monde s’en foutait. Autour de moi, nous étions une vingtaine de jeunes à graviter dans les milieux artistiques. Des aspirants écrivains, musiciens, comédiens… J’avais l’impression de faire partie d’une communauté. Avant de sortir Loser en 1994, je ne voyais pas la musique comme un gagne-pain mais comme un mode d’expression et un moyen de me faire des potes.

En février 2015, c’est votre idole Prince  qui vous a remis le Grammy Award du meilleur album pour “Morning Phase”. Quel souvenir gardez-vous de cette soirée?
C’est la cérémonie la plus étrange que j’ai vécue. Beyoncé était la grande favorite des Grammy. Personne, y compris moi et ma famille, ne pensait que j’avais la moindre chance. Quand Prince a annoncé que j’avais remporté le Grammy du meilleur album (Beck repartira finalement avec trois trophées – NDLR), j’étais dans la ouate. Je suis monté sur scène, j’ai bredouillé un truc et je suis reparti. J’étais nul. Je m’en suis vraiment voulu de ne pas avoir parlé avec Prince. Il y a peu de musiciens pour qui je peux dire: “C’est grâce à lui que je fais de la musique”. Et Prince en fait partie. À sa mort, j’étais dévasté. Comme souvenir, j’ai une photo de la soirée où il m’adresse un sourire énorme. J’aime penser que Prince était content pour moi.

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