Lily Allen : « Ce nouveau projet « No Shame » me correspond à 100% »

La chanteuse britannique est de retour avec “No Shame”,  un quatrième album très personnel. Qu’on se rassure, elle a gardé sa candeur. Et sa grande gueule.

Voix de sans-voix, icône féministe, clasheuse de réseaux sociaux... Lily Allen dans ses œuvres. ©Prod

Le terme “pop star” est souvent galvaudé. Mais jamais chez Lily Allen. Caractérisée par une insolence presque enfantine et une candeur déstabilisante, la chanteuse de 33 ans, aujourd’hui mère de deux petites filles s’est imposée comme l’une des figures majeures de cet art difficile de la musique facile. Et si l’artiste britannique s’était un peu perdue en chemin, avec la sortie de son album-cata “Sheezus” en 2014, voilà qu’elle réapparaît telle qu’on l’avait découverte en 2006 avec “Alright, Still” et des titres à la double lecture comme Smile et Knock ‘Em Out. C’est qu’elle en a dans le pantalon, Lily, même en posant sans culotte sur Twitter, sans doute pour booster la promo de ce nouveau projet et affirmer qu’elle n’a pas la moindre once de honte: “No Shame”. Plus qu’une affirmation, c’est une revendication. 

Faites-vous de la musique pour les mêmes raisons que quand vous avez commencé ?

LILY ALLEN – Oui, je pense. Je me suis un peu perdue sur mon dernier album “Sheezus”, je me suis trop laissé influencer par ce que les autres voulaient entendre de moi, par ce qui se faisait dans la musique à ce moment-là. Par contre, aujourd’hui je suis égale à moi-même. Ce nouveau projet “No Shame” me correspond à 100 %.

Qu’est-ce qui vous a donné l’impulsion ? L’envie de réécrire de nouveaux morceaux ?

Je n’ai vraiment pas aimé la sortie de mon dernier projet, j’étais complètement dépassée, pour de nombreuses raisons très différentes les unes des autres. Du coup, je détestais les concerts que je donnais, alors que j’ai toujours aimé la scène. C’est vraiment ça qui m’a donné l’envie d’écrire de nouveaux morceaux, de pouvoir revenir dans une salle en étant fière de ce que je présentais aux gens.

Le choix de salles plus petites, comme au Bota, c’est pour renouer avec vos fans ?

Tout à fait. J’avais besoin de sentir l’atmosphère, de voir les gens, de voir comment ils allaient réagir à mes morceaux. L’ambiance de ce nouveau disque est bien plus intimiste, le tempo est plus doux et tendre. Il y a plus d’émotions dans “No Shame”. Du coup, ça prenait tout son sens de jouer dans de plus petites salles. C’était aussi un challenge, puisque j’ai commencé cette tournée avant que mon album ne sorte, du coup ça aurait été un peu étrange de jouer dans de grosses salles alors que personne ne connaissait encore aucun de ces titres. C’est toujours un peu bizarre pour moi de me produire face à un public qui découvre les morceaux au fur et à mesure du show, parce que du coup je peux analyser leurs réactions en direct. J’étais assez anxieuse avant de débuter cette tournée. Mais c’est un bon test.

Vous avez choisi d’appeler cet album “No Shame”, soit “Pas de honte” en français…

Il est très important d’être honnête et bienveillant, mais surtout de faire savoir entendre sa voix, dans cette période houleuse où l’on prône le repli sur soi et l’égocentrisme. Il y a énormément de “bruit” sur les réseaux sociaux, dans les médias, etc. D’autant plus quand les gens essaient d’être eux-mêmes ou racontent des choses qui dérangent, ils se font humilier, la société essaie de les faire taire et je trouve que ce n’est pas normal. Je ne comprends pas que l’on ne puisse pas exister pour ce que l’on est dans le monde d’aujourd’hui, pourquoi on n’a pas le droit d’avoir sa propre opinion, au lieu de se conformer à ce qui existe déjà. Le mouvement #MeToo en est un très bon exemple, les femmes ont essayé de raconter leurs histoires, d’être honnêtes et elles se sont fait rabrouer aussitôt. On blâme constamment les victimes et ça, je ne supporte pas. C’est la raison pour laquelle j’ai choisi d’appeler cet album “No Shame”: en bref, je vous raconte ma vérité, mon histoire sans filtre et je n’en suis pas honteuse.

Que vous inspirent les réseaux sociaux, où les gens choisissent de se montrer plutôt que d’exprimer ce qu’ils sont ?

Je trouve ça perturbant, pour être honnête. Spécifiquement pour les femmes. Je suis la mère de deux petites filles et je m’inquiète très fort de savoir qu’elles grandissent dans un monde régi par les réseaux sociaux. Instagram, par exemple, est un média qui te dit que ta valeur se calcule en fonction de ton physique, de ton look. Et pourtant, ça ne pourrait être plus éloigné de la réalité.

Que diriez-vous à vos filles si elles vous disaient qu’elles veulent devenir chanteuses ?

Quoi qu’il arrive, je serai derrière mes enfants et je les accompagnerai peu importe leur décision. Donc si elles veulent faire carrière dans la pop, je ferai en sorte qu’elles aient un maximum de confiance en elles et d’estime pour affronter ce milieu. Certains outils leur seraient indispensables, des armes que je n’avais pas spécialement quand j’ai commencé à  percer dans l’industrie. Je leur dirais de rester très, très éloignées des drogues.

Est-ce que vous vous souvenez de la réaction de votre mère quand vous lui avez dit que vous vouliez faire de la musique ?

Je ne sais pas si je l’ai réellement verbalisé. J’étais très secrète à ce sujet, jusqu’à ce que ça arrive. J’avais sans doute peur que les gens essaient de me démotiver, de me dire que c’était une mauvaise idée. Donc quand ça a commencé à marcher pour moi, les gens étaient assez surpris, on m’a dit: “C’est fou, je ne savais même pas que tu chantais”.

Pourquoi chantez-vous “Je suis exactement là où je ne voulais pas être” ?

Je ne voulais pas être divorcée. Je ne me serais pas mariée si j’avais su que j’en serais là aujourd’hui. Mes parents se sont séparés quand j’avais quatre ans et depuis ce moment-là, je me suis toujours dit que j’élèverais mes enfants dans une famille unie. Je n’ai pas réussi à le faire et ça me désole. 

Pour terminer, peut-on dire que vous êtes heureuse aujourd’hui ?

Oui, dans un sens on peut le dire. Je suis plus heureuse qu’il y a quelques mois et surtout ravie de sortir ce nouveau projet, un album qui ressemble à la femme que je suis aujourd’hui. Il y a des cycles dans la vie et clairement, je suis dans une phase ascendante pour le moment.

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