Philip Roth, le plus grand écrivain américain, est mort

Il avait 85 ans et avait construit une œuvre impressionnante à travers laquelle résonnent les grands sursauts de l’histoire américaine contemporaine.

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Une semaine après Tom Wolfe, la littérature américaine perd un autre grand écrivain – pour certains, le plus grand. Si Tom Wolfe incarnait le Nouveau journalisme américain, Philip Roth était le modèle vivant du roman américain, source de tous les fantasmes et de toutes les envies. Adulé par la jeune génération, qui le reconnaissait comme inspiration capitale, Philip Roth a construit une œuvre traversée par les grandes questions de l’histoire américaine contemporaine, mais aussi – et surtout – par ses doutes personnels autour du sexe et de l’identité juive.

C’est d’ailleurs avec un roman très intime qu’il se fait connaître en 1970… Jugé scandaleux et pornographique, Portnoy et son complexe fait le portrait d’un homme en rupture avec la tradition juive qui raconte sa découverte des plaisirs de la masturbation et les promesses de la sexualité. Le livre est cinglant, drôle et met des mots (crus) sur des silences qui font beaucoup de vacarme dans la tête des hommes.

La suite sera une longue mise en scène de ses propres obsessions grâce à l’exploration de vie de plusieurs avatars dont le principal reste Nathan Zuckerman dont on suivra les aventures aux prises avec les changements politiques et l’évolution des mœurs de la société. Pastorale américaine, qui lui vaut le prix Pullitzer, est un livre impressionnant qui résume le trouble de la conscience américaine face à son actualité (la guerre du Viet-Nam, le pacifisme…) La tache, roman exemplaire qui prend comme décor l’affaire Clinton-Lewinsky, aborde la tyrannie du politiquement correct et la question du racisme.

Du tumulte de l’Amérique, Philip Roth revient toujours à lui, tendant un miroir aux hommes de sa génération, livrant un autoportrait sans pitié. La preuve par l’un de ses derniers grands romans – Un homme, paru en 2006 – qui décrit la faillite du corps vieillissant. En 2012, l’écrivain avait annoncé sa retraite, son désir de ne plus écrire (il a publié plus de trente romans), baissant les bras face à la littérature qu’il a contribué à élever au plus haut rang.

Malgré cet effort – celui de toute une vie – et malgré plusieurs citations, Philip Roth ne décrochera jamais le prix Nobel de littérature. Cela a peu d’importance face à une œuvre dont il faut absolument faire l’expérience. Fils (prodige) d’une famille juive immigrée de l’Europe de l’Est, né en 1933 à Newark dans le New Jersey (souvent théâtre de ses livres), il est mort hier. Il avait 85 ans.    

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