« En Guerre », un écho à la violence sociale vécue par des millions de salariés

En Guerre a été tourné dans l’énergie de l’action avec des acteurs non-professionnels autour de la figure de Vincent Lindon. 

Vincent Lindon incarne Laurent Amédéo dans En Guerre. ©Prod

Le point de départ de ce film de rage et de colère tourné en “vingt-trois jours – pas plus – pour calquer l’énergie des combattants syndicaux” selon son réalisateur, c’est la chemise en lambeaux du DRH d’Air France tentant d’échapper aux salariés déchaînés en octobre 2015. Le film tente de déceler les mécanismes de la violence sociale générée par la compétitivité du marché. Avec en fil rouge, le personnage de Laurent Amédéo (Lindon), porte-parole des 1.100 salariés d’une usine automobile menacée de fermeture malgré ses bénéfices et la parole donnée des dirigeants de protéger leur site.

Entouré d’acteurs non professionnels et inspiré par deux figures du syndicalisme français comme Édouard Martin (héros des métallos d’ArcelorMittal qui lançait en 2012 le déchirant appel de Florange au président Hollande – “tenez vos promesses”) ou Xavier Mathieu (délégué syndical de Continental qui refusait la fermeture de l’usine automobile de Clairoix en 2009), Brizé installe son leader jusqu’au-boutiste au cœur d’un dispositif ultra-collectif qui reconstitue scènes costaudes avec charge de CRS à l’aube, réunions au sommet à l’Élysée et éclats de lutte des salariés. 

Un requiem clinique et électrique

Tourné dans l’ex-usine de sous-traitance automobile de Fumel (Métal Aquitaine, passée de 3.500 salariés dans les années 80 à 38 aujourd’hui), le film se regarde comme un requiem à la fois clinique et électrique de l’industrialisation en Europe et s’appuie sur un gros travail de documentation.“Je n’ai voulu caricaturer personne. Hommes politiques, patrons, syndicalistes, tous se mettent autour de la même table et je les ai filmés avec la volonté de faire une thérapie nationale”, martèle Brizé qui après des films intimistes s’est découvert une passion pour le collectif. “J’y retrouve une vibration, alors j’ai ouvert le capot et regardé comment ça marche”, poursuit-il. 

Armé d’une à trois caméras par scène, toujours placées “ à l’endroit où ça ne l’arrange pas, comme si c’était des moments volés”,  En guerre force l’admiration dans sa reconstitution “objective” du réel, dénuée de romanesque. Parfois trop fasciné par son dispositif, le film parvient à exhumer deux formes de violence, celle très explicite des salariés, contre celle plus sourde du grand capital. Et Lindon, lesté de toutes ses couches, laisse encore une fois affleurer son jeu dépouillé et cru, jusqu’à l’os.

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