Scènes d’émeutes à Los Angeles

Dans Graffiti Palace, premier roman de bruit et de fureur, A.G. Lombardo slalome parmi les communautés ethniques du Los Angeles des années 60 et décrit des scènes d'émeutes qui pourraient se jouer aujourd'hui.

Graffiti Palace © Moustique / Aurélie Charlier

Los Angeles, 11 août 1965. Dans un quartier du ghetto black, les contrôles de la route sont souvent l’occasion pour les policiers blancs de harceler la population afro-américaine. En contrôlant la voiture dans laquelle se baladent trois amis et en arrêtant le conducteur pour conduite en état d’ivresse (ce qui est loin d’être le cas), ce petit motard qui joue des mécaniques ignore que son geste – brutal – va allumer la mèche d’un immense incendie urbain. Pour contester contre ces arrestations abusives (on embarque aussi la mère du chauffeur qui n’a rien commis d’illégal), les passants font exploser leur colère…

Ce soir-là, Americo Monk s’adonne à son étrange passion : le recensement des graffitis et des tags délimitant les quartiers des gangs. Dans un carnet très bien informé – qui intéresse autant la police que les chefs de clans – Monk a tracé la cartographie des fiefs et des territoires dirigés par les pires caïds. Pris au piège des flammes et des pillages qui s’étendent comme une tache d’huile sur le feu, l’homme tente de rentrer chez lui, près du port, où l’attend sa femme que la grossesse n’empêche ni de faire la fête ni de fumer, ni de boire.

Émeutes États-Unis © Unsplash / Andy Omvik

Le livre est composé sur un chemin de croix où chaque station sert de miroir à une réalité du Los Angeles dur des années 60. Successivement, Monk rencontre et affronte un chef de la Muslim Nation (groupe radical prônant la supériorité de l’islam noir) qui tente de l’attirer dans ses rangs. En prenant la fuite, notre héros tombe dans l’antre d’un gang mexicain très à cheval sur le respect des frontières, avant de passer dans le quartier asiatique – de la section restaurant pourrie à celle de la fumerie d’opium.

Et ainsi de suite dans une interprétation toute personnelle, électrique et soul de l’Odyssée d’Homère – Monk étant engagé dans un long voyage vers son foyer semé d’embûches et d’épreuves. Dans ce premier roman, A.G. Lombardo – enseignant dans un lycée public de Los Angeles – offre le miroir d’une violence policière qui, depuis les années 60, continue à faire les gros titres des journaux.

Graffiti Palace, Seuil, 384 p.

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