« Qui a tué mon père », un récit brutal mais très fort encore

Dans Qui a tué mon père, Édouard Louis accuse les politiques de vouloir faire disparaître du décor le corps des pauvres.

Edouard Louis publie "Qui a tué mon père" ©BelgaImage

Déboulé sur la scène avec un livre – En finir avec Eddy Bellegueule – rempli de crachats (ceux qu’il a reçu au visage) et de colère (celle qui lui a permis d’écrire), Édouard Louis a mis en littérature sa vie de gamin efféminé et incompris par sa famille. Cette famille populaire de Picardie où les normes de la virilité sont telles qu’elle ne peut vraiment pas saisir où Eddy la mène. En finir avec Eddy Bellegueule est un livre terrible sur l’insulte comme marchepied de la construction d’une identité, le roman rappelant qu’être homosexuel, c’est souvent être toléré, et c’est donc grandir avec l’idée qu’on sera un citoyen de seconde zone. Édouard Louis récidive avec Histoire de la violence, récit d’une nuit de drague qui vire au cauchemar et qui permet encore à l’auteur de déconstruire les leviers de domination sociale qui entrent en jeu dans la sphère sexuelle…

Les mêmes thèmes sont explorés – mais avec plus de radicalité et de véhémence littéraire – dans Qui a tué mon père, bref texte qui opère par fragments. Dans une suite de souvenirs, Louis raconte sa relation avec son père, ouvrier dans une usine du Nord qui a ruiné sa santé, l’homme de 50 ans avançant comme un vieillard de 80 ans. Le livre focalise sur le dégoût cultivé dans la famille pour les homos, les élites, les intellectuels (faire des études est considéré comme une marque de faiblesse) mais prend la défense d’un père dont les différentes réformes des différents gouvernements ont affaibli économiquement. Édouard Louis termine sa démonstration en accusant les politiques – Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron – de vouloir détruire le corps des pauvres. Un récit brutal, même si attendu, mais très fort encore.

Qui a tué mon père – Édouard Louis – Seuil, 96 p.

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