Anne Gruwez : « Votre question est indécente »

Au centre du film Ni juge, ni soumise, la juge d’instruction est devenue un sujet de conversation.

Anne Gruwez ©Reporters

Le film qui vous est consacré – Ni juge, ni soumise de Jean Libon et Yves Hinant – fait un  gros carton. Comment vivez-vous cette nouvelle célébrité ? 

Normalement. On me pose parfois la question, mais je ne sais pas quoi répondre… C’est les autres qui disent que c’est une nouvelle célébrité, moi, je ne le sens pas comme ça. Je ne vais pas dire non plus que ça coule sur moi comme l’eau sur un canard, mais c’est impossible de me la péter car il y a trop de choses qui retiennent au petit plancher des vaches.

Quoi, par exemple ? 

Les dossiers… Monsieur Machin qui vient me raconter où il en est parce que je l’ai libéré… Des trucs comme ça… Et puis, j’ai un âge aussi où j’en ai beaucoup vu, je sais que tout passe… 

Vous pouvez encore faire votre Delhaize tranquillement ?

Évidemment. Il y a parfois des gens – surtout des femmes – qui m’arrêtent en disant “C’est formidable” et moi, je dis “Merci” parce que c’est gentil et que j’aime quand c’est gentil… 

Il y a des gens qui critiquent votre apparition dans ce film. Pensez-vous qu’on vous critiquerait moins si vous étiez un homme ?

Ah, ben – ça alors… J’y ai jamais pensé… En plus, cette différence des sexes, ça me fait tellement plaisir que je ne peux pas avoir un soupçon de jalousie vis-à-vis des hommes… Me dire que je serais moins critiquée si j’étais un homme serait une forme de jalousie vis-à-vis des hommes. 

Vous n’êtes pas féministe ?

Non. Je suis une femme, ça suffit largement. 

Comment régissent vos confrères et vos consœurs au film ?

La plupart me disent “Ben oui, on te reconnaît bien”. 

Vous savez que vous pouvez passer pour une fofolle… 

Oui, mais je prête toujours aux autres une largeur d’esprit. Il m’en faut beaucoup pour me rendre compte que quelqu’un est petit et étroit. Je mise sur l’intelligence et la sensibilité. 

Et devant un prévenu, vous restez toujours objective ?

Oui. Le type peut m’énerver autant qu’il veut, s’il ne mérite pas mandat d’arrêt, je ne délivre pas mandat d’arrêt. 

Quelle est la dernière chose à laquelle vous pensez en vous couchant ? 

À faire mes prières. Le Notre Père qui fait référence au père, à la nourriture qu’on reçoit tous les jours et au pardon. Je trouve que ça apaise bien. Quand je dois conseiller une personne nerveuse, je lui dis “Tu fais trois Notre Père et normalement tu dors.”

Vous êtes croyante ?

J’ai la foi du charbonnier. 

Quelle est la première chose à laquelle vous pensez en vous levant ? 

À me lever. Et du bon pied, s’il vous plaît. 

Quelle est la prise que vous réussissez le mieux en self-défense ? 

Je n’en réussi qu’une parce que je n’en ai appris qu’une. Placez votre poing droit à hauteur de votre sein gauche, regardez l’adversaire, et puis déplacez le regard pour regarder au-delà de l’adversaire – c’est-à-dire dans la direction de votre coude droit qui est plié, et puis tapez de toutes vos forces. Normalement, il est mort. 

Le film marche très bien. Ça va vous rapporter du fric ?

Pardon? Ça va pas, non? Votre question est indécente.

Sur le même sujet
Plus d'actualité