La fête est finie, deux amies toxicos sur la voie de la rédemption

Un chemin arpenté par Marie Garel-Weiss, sa réalisatrice.

La fête est finie ©Prod

« J’avale, je fume, je shoote, je sniffe”. Céleste, junkie de 19 ans (la révélation Clémence Boisnard) intègre un centre de désintoxication avec la volonté de s’en sortir. À l’arrivée, elle noue une relation fusionnelle avec Sihem, addict comme elle (Zita Hanrot). Avec un sens du romanesque fougueux mais qui colle au plancher du réel, Marie Garel-Weiss explore les profils contraires des deux jeunes femmes (Céleste est une pousse sauvage rejetée par sa mère tandis que Sihem vient d’un milieu plus bourgeois) et filme pas à pas les étapes du sevrage jusqu’à une possible renaissance.

“Au départ, c’est une rencontre addictive qui se substitue à la drogue. L’enjeu du film est de montrer comment cette amitié peut se transformer en relation plus vraie”, note la réalisatrice, qui se défend d’avoir réalisé un film thérapeutique malgré le terreau autobiographique – ado, elle a fréquenté le centre de désintox alternatif fondé par Kate Barry (la fille de Jane Birkin) sur le modèle anglo-saxon. “Ce centre a sauvé la vie de beaucoup de gens, déjà par la gratuité des soins, et parce qu’il se différenciait du parcours psychiatrique français classique et finalement peu adapté, en incluant les groupes de parole et les réunions d’entraide. La base de mon film est très réaliste mais je lorgnais aussi vers le mélo pour trouver l’émotionnel. Quand certains ex-toxicos me disent que mon film les touche, c’est une fierté car ce milieu-là ne plaisante pas avec ce qu’on y vit…”, insiste Marie Garel-Weiss, qui se félicite d’ailleurs de l’évolution de la représentation des dépendants à l’écran. “Les réunions, c’est presque devenu un code grâce aux séries américaines qui ont montré comment se passaient ces programmes dont on a très peur ici. Aux USA, des gens comme Clapton se déclarent, ça peut même être un plus sur un CV d’être passé par là. Car les toxicomanes qui s’en sortent sont des warriors, des gens sur qui on peut vraiment compter.”

Si elle se dit pour la légalisation des drogues et les salles de shoot, la cinéaste se méfie du discours “démago” et d’un système “vicié” par le lobbying des labos de traitements de substitution qu’elle qualifie de “manière hypocrite de rassurer la société”. Pour autant l’amitié peut-elle sauver ? “Oui, car la dépendance c’est une maladie du lien. Le parcours du toxico est un terrain miné, il est sensible à tout ce qui peut être doux. Par extension les Narcotiques anonymes et les communautés thérapeutiques marchent sur ça, sur le lien”, conclut la réalisatrice, qui réfléchit à une série sur les groupes de parole. À suivre absolument.

La fête est finie – Réalisé par Marie Garel-Weiss. Avec Zita Hanrot et Clémence Boisnard – 93’

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