Kanal Brut, un musée full foule

Malgré une bataille de polochons politique, la pré-ouverture du nouveau musée d’art moderne de Bruxelles, est une totale réussite.

Kanal Brut, une véritable réussite ©BelgaImage

La Belgique est une grande fête de mariage à ciel ouvert qui risque toujours se terminer en bagarre. Bruxelles pose sur sa carte un nouveau musée à l’ambition forte et c’est tout de suite le bordel. Kanal, le musée d’art moderne et contemporain, qui a trouvé refuge dans l’ancien et quasi mythique garage Citroën, est un projet de la région bruxellois signé du ministre-président Rudi Vervoort et de son ex-chef de cabinet, Yves Goldstein, nommé à la tête de cette nouvelle institution dont l’emplacement – le long du canal qui marque l’entrée à Molenbeek – se veut un signe de renouveau sociourbanistique. Et comme tout est “un bazar” dans ce pays dont la devise (“L’union fait la force”) semble être historiquement la première bonne blague belge, le chantier est attaqué par plusieurs acteurs de la scène politique et culturelle, et notamment par Michel Draguet, directeur des Musées royaux des beaux-arts – qui relèvent du fédéral.

Un Draguet très remonté

Une dispute étalée au grand jour et incarnée par un Draguet très remonté qui, sur l’antenne de La Première, évoque un “manque de contenu”, un parfum d’ “amateurisme”, un “projet (qui) n’est pas piloté intellectuellement et culturellement par Bruxelles” – le musée ayant pu voir le jour grâce à une joint-venture avec le Centre Pompidou de Paris qui pendant dix ans supervisera le va-et-vient des œuvres. Dans l’exécution du projet, on trouve encore quelques belles absurdités communautaires, sortes de spéculoos de la vie politique belge, comme l’interdiction pour les établissements du fédéral d’exposer leurs œuvres dans des institutions régionales depuis la décision d’Elke Sleurs (N-VA), ancienne secrétaire d’état à la Politique scientifique dont dépendent les musées fédéraux. Après, on s’étonne d’aller voir ailleurs…  

Des Bruxellois curieux

Cette campagne de râles à laquelle a répondu Yves Goldstein sur la même antenne de La Première (“Qu’a attendu le fédéral ces dernières décennies pour investir à Bruxelles?”) n’a pas entamé la curiosité des Bruxellois qui se sont présentés en masse, samedi et dimanche derniers, aux portes de Kanal Brut, esquisse du futur musée ouverte au public un an durant. On a pu découvrir le bâtiment en l’état – spectaculaire vaisseau de verre et d’acier – avant les travaux d’aménagement qui devraient s’élever à 125 millions d’euros et nous mettre la date d’inauguration à fin 2022. On a pu découvrir aussi un ensemble d’œuvres (prêtées par le Centre Pompidou) rappelant le labeur autour de la carrosserie de l’ancien garage. Essentiellement des sculptures – acier et tôle – le lieu n’étant pas encore aux normes hygrométriques (qui contrôlent la température et le niveau d’humidité) pour accueillir tableaux ou dessins. Au casting, des pièces de César, Calder, Tinguely, Rauschenberg, Lichtenstein, Prouvé, Judd, Flavin, – autant dire la crème de la crème de l’art moderne. Au final, un sentiment d’excitation et même d’espoir pour Bruxelles, victime d’un bashing souvent mérité (piétonnier-catastrophe, mobilité-désastre, travaux partout tout le temps…), mais parfois exagéré.

D’autres musées en chantier

Le Musée du Chat

Pour ne pas reproduire le scénario catastrophe qui a mené à la construction du Musée Hergé à Louvain-la-Neuve (un non-sens culturel et économique), le gouvernement bruxellois a cédé à Philippe Geluck un bâtiment de 3 000 m2 dans l’enclave des principaux musées du Centre (Bozar, Musée Magritte, Musée Bellevue). À charge pour le dessinateur de trouver le financement (on parle de 4,5 millions d’euros) pour la rénovation du lieu qui devrait accueillir, en plus d’un espace dédié au Chat, des expositions sur l’histoire du dessin humoristique. Le musée (3 000 m2 ) devrait engendrer la création de 25 emplois et être inauguré en 2020. 

Le Musée de Tervuren

Fermé au public en 2013, le Musée royal de l’Afrique centrale est entré en chantier sur un budget de 66,5 millions d’euros afin de s’adapter aux nouvelles exigences du public et aux nouvelles tendances muséales. La circulation et la scénographie ont complètement été revues et corrigées afin de mieux mettre en évidence la richesse des collections qui renvoyaient une image poussiéreuse de cette institution dont le cadre est magnifique. La réouverture du lieu – plus lumineux, plus moderne – est l’un des événements du calendrier culturel de juin. 

La Maison Bruegel

Située rue Haute, au cœur des Marolles, la (petite) maison de Bruegel est au centre d’un beau projet muséale piloté par les Musées royaux des beaux-arts. Pour des raisons budgétaires, l’ouverture de ce nouveau lieu d’attraction touristique a été retardée. Les travaux de rénovation du lieu ayant été, à eux seuls, estimés à 2 millions d’euros, le reste n’a pas suivi. Michel Draguet, qui porte l’ambition de ce chantier, promet une inauguration en 2019, année Bruegel.

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