Kechiche filme l’amour juvénile dans Mektoub My Love

Un éblouissement.

Mektoub My Love ©Prod

Quatre ans après la palme d’or de La vie d’Adèle qui déclencha une polémique sur les dérives manipulatrices du cinéaste de La graine et le mulet et de L’esquive, le Franco-Tunisien revient avec l’adaptation libre d’un roman de François Bégaudeau (La blessure la vraie), l’histoire d’Amin, apprenti photographe (et double du cinéaste) revenant un été à Sète où sa mère tient un restaurant. De retrouvailles en rencontres, le jeune homme (touchant Shaïn Boumedine) évolue entre un cousin séducteur et une attraction puissante mais platonique pour son fantasme adolescent (Ophélie Bau, terrienne, solaire et fessue). 

Sous le regard candide d’Amin, Kechiche cite le Coran (“Dieu est la lumière du monde”), enchaîne avec une scène de baise dont l’érotisme frise le Russ Meyer, filme les fesses des filles qui s’agitent en boîte de nuit et étire ses scènes de drague à l’infini tandis que les couples se font et se défont. Ce nouveau film fait-il de Kechiche un adepte du fameux “male gaze” enfermant les personnages féminins dans un regard masculin voyeur (comme on lui a beaucoup reproché au festival de Venise) ? Bien au-delà. Parce qu’il est celui qui ne se déclare pas (et qui ne couche pas), le regard d’Amin (qui s’élabore en tant qu’artiste) permet au film de transcender chaque image et de se réconcilier avec le cinéma. Kechiche est un grand cinéaste du désir juvénile à jamais fuyant, déployant ses obsessions dans la lumière, au-delà de ce fameux regard masculin qui construit son cinéma. Du grand art.

Mektoub my love: canto uno. Réalisé par Abdellatif Kechiche. Avec Shaïn Boumedine, Ophélie Bau – 176’.

Sur le même sujet
Plus d'actualité