Dans « Défiler », Stromae fustige un monde hyperconnecté où tout va trop vite

Dans Défiler, Stromae revient sur la rançon du succès. Un message adressé à la nouvelle génération.

Stromae ©PhotoNews

« Je me demande après toutes ces années… Je ne sais pas où je vais aller. Si je voulais, je pourrais m’arrêter. Si j’ai peur, c’est que je ne suis pas le dernier.”  Pour son retour à l’avant-plan, Stromae fait très fort eu jouant la carte de l’introspection. Cette strophe figure dans Défiler, chanson de huit minutes et quarante secondes écrite et composée pour accompagner le défilé de mode que son épouse styliste Coralie Barbier et leur société Mosaert présentent depuis le 7 avril au Bon Marché à Paris.

Il fallait s’y attendre avec Paul Van Haver. Défiler est bien plus qu’une bande-son éphémère pour happening fashion réservé à la jet-set. Le texte est aussi soigné que la musique. Et après ces années de silence radio et de spéculations sur son état de santé (burn out,  dépression…), on peut y déceler une confession publique d’une rare sincérité. Mais ça va encore plus loin. Une semaine après la disparition tragique du DJ/producteur suédois Avicii à l’âge de vingt-huit ans, Stromae étale avec poésie toutes les réflexions contradictoires qui heurtent non seulement les artistes confrontés à un succès soudain mais aussi la nouvelle génération hyperconnectée.

L’argent ne fait pas le bonheur, il sert à fabriquer des bombes.

“Pourquoi les barrières doivent toujours être dépassées ?”, s’interroge Stromae avant de jouer avec le lexique analogique: “Défiler”, “filer droit”, “avancer”, “marche ou crève”… Oui, pourquoi faut-il toujours avancer et fructifier sa valeur marchande alors que “je voudrais seulement quelques jours heureux”. Dans le clip qui empile les vues sur YouTube, on voit les mannequins évoluer comme des robots sans âme. Seuls les couleurs, les arabesques et les motifs des vêtements créés par Coralie Barbier viennent apporter de la vie et de l’espoir dans ce constat amer.

Malaxant électro planante, hip-hop futuriste et chœur grandiose sur le final, Stromae fustige un monde qui va trop vite. S’adressant aux jeunes, il prévient. “Petit, avant d’apprendre un métier, il faut d’abord savoir retrouver la photo d’un C.V.” Et après avoir porté l’estocade (“L’argent pourrit les gens mais les rend fascinants. L’argent ne fait pas le bonheur, il sert à fabriquer des bombes”), il rappelle que “ce qui compte, c’est ce qu’on a dans le cœur”.

Fin communicateur qui assume ses contradictions, Stromae se sert ici de tous les outils qu’il dénonce pour faire connaître sa marque au plus grand nombre et transformer ses doutes en questions universelles. Avec Défiler, Stromae parle à tout le monde. C’est beau. C’est juste. C’est à méditer. Avec ce texte, on comprend mieux aussi pourquoi Stromae a fui la pression ces dernières années. Très fort.

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