Les Belges à l’honneur aux Nuits

Drache nationale et feu d’artifice royal servi par Baloji, Sonnfjord, Ebbène, Chance, Angèle et Atome… Résumé d’une soirée noir-jaune-rouge pleine de "premières".

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On commence par deux mauvaises nouvelles. Ce lundi, la très attendue Ayo a dû annuler son concert en dernière minute pour cause de problèmes de voix. Toujours ce lundi, faute d’être doté du don d’ubiquité, nous n’avons pas pu assister aux prestations d’Atome et Angèle (pour la première fois en formule groupe et avec son frangin Roméo Elvis en apparition « surprise ») dont Moustique vous a déjà dit tout le bien. Pour le reste, ce n’était que bonheur, fête et diversité grâce aux talents de notre scène noir-jaune-rouge.   Retour sur quatre « premières »  offertes par les Nuits Botanique.

Baloji au bout de la nuit

Il est signé sur le prestigieux label Bella Union. Il a fait danser Bono au Coachella, a joué sur scène avec Paul McCartney et possède le numéro de GSM de Damon Albarn dans son smartphone. Pourtant sur ses terres, Baloji est encore trop sous-estimé.  Et c’est une injustice. Profitant de la défection d’Ayo, Baloji a commencé son concert plus tôt et l’a terminé plus tard dans une ambiance de fête totale. Avec son groupe subtilement dirigé par Didier Likeng et dans lequel figure le légendaire guitariste Papa Dizzi Mandjeku, Balo a présenté le copieux 113 Avenue Kaniama. De manière répétée, il annonce que ce troisième album solo, paru au début du printemps, serait l’ultime de sa carrière. Mais nous n’osons pas le croire. 

Sur scène, Balo mélange souvenirs personnels, considérations sociopolitiques, humour et ce cocktail toujours détonnant d’amour/rejet lorsqu’il s’agit d’évoquer les relations entre l’occident et l’Afrique. Fort heureusement, c’est la musique et la danse qui dominent les (d)ébats. A l’heure des shows copiés/collés, il est bon de rappeler que nous sommes ici dans un vrai concert live où les musiciens emmènent très loin les chansons, galvanisés par les coups de pulsation de leur leader.  Funk, afrofunk, jazz, gospel, électro, hip-hop… On passe par toutes les couleurs, on vibre à chaque changement de rythme et on se laisse emporter jusqu’au bout de la nuit sur une version grandiose de Tout ceci ne vous rendra pas le Congo.  La toute grande classe.

Les lumières de Sonnfjord

Mine de rien, cela tient du phénomène. Moins buzz et moins jouette avec les réseaux sociaux que beaucoup de ses pairs surestimés, l’attachante formation emmenée par Maria-Laetitia Mattern a été l’une des premières à voir son concert des Nuits afficher complet.  Et ça, personne ne pourra lui enlever. Ce lundi, Sonnfjord a livré le set parfait pour présenter son EP City Lights.  Cinquante minutes intenses et contrastées qui ont défilé très vite… Le bonheur, tout comme l’émotion, se lisaient dans les yeux brillants de Marie-Laetitia et ce sourire qu’elle porte comme on respire.  Parfaitement en voix, aussi à l’aise en anglais que dans sa langue maternelle, la jeune artiste a aussi cette capacité de changer de ton, donnant, ici, des couleurs pop, là, une fibre plus glamour aux nouvelles compositions. Si elle écrit tous les textes, Sonnfjord est bien un groupe. Et ça s’entend.  La complicité avec son frangin Aurelio (déjà aux Nuits vendredi avec son projet  Aurel) est belle à voir. Mais il y a aussi le travail dans les nuances de François Moffarts, de Fabio Zamagni et de Jérôme van den Bril. Entre pop élégante (le single Lights), électro dansante (l’excellent Dust and Shapes), Sonnjord affirme sa modernité et impose sa différence. Top concert.

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Ebbène intimiste

Echappé des Tellers et de Paon, Ben Baillieux-Beynon dévoilait dans l’intimité du Salon son projet en français Ebbène.  La formule  « artiste qui joue au milieu du public »  lui va comme un gant de velours. Epaulé du  vocaliste et multi-instrumentiste Jérôme Magné (Dan San), oncle Ben déroule dans une ambiance feu de camp des chansons  boisées où il est beaucoup question de voyages, qu’ils soient lointains ou immobiles. Avec Tu devrais, Nuit Américaine, Barcelone ou encore Ne Penser à rien, Ebbène rappelle ses talents de mélodiste et s’inscrit dans la lignée d’un Aubert ou du Raphael de Caravane. Album attendu pour fin de l’année.

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Chance

Antoine Chance, Fou et la grosse machine d’une multinationale du disque, c’est désormais de l’histoire ancienne. Le garçon a laissé tomber son prénom, ses cheveux et revient avec un nouvel album (signé chez l’indépendant Play It Again Sam, pas encore de date de sortie) qui  « va à l’essentiel » comme il l’annonce au début de sa prestation. Sous les yeux de la famille, du label mais aussi de beaucoup de curieux mélomanes, Chance va au bout de sa logique en présentant en une heure des compositions encore inconnues du public.  Avec trois musiciens mais une volonté d’épurer, les compositions séduisent par leur esprit de liberté et d’évoluer dans la marge. Pas de tube radio ici, mais un vrai voyage pimenté de belles sonorités et d’un artiste performer qui avance là où le vent le pousse. Sans compromis. Respect.

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Photos Paul-Henry Verlooy, Bert Savels, Lotte Torsin

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