Feu! Chatterton sonne la relève du rock aux Nuits

Dans son jardin (Botanique), la formation française a livré une prestation lyrique, électrique et poétique d’une force rare. Les Rimbaud du rock nous reviennent aux Solidarités et à l’A.B. 

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Il y a comme une prémonition. Paru en mars dernier, « L’Oiseleur », deuxième album de Feu! Chatterton s’ouvrait par la phrase « C’est étrange, la nuit tombe comme la pluie. » Et c’est exactement ce qui se produit sur le coup de 21h20, ce dimanche, lorsque le quintet parisien montre sur la scène du Chapiteau archi-blindé des Nuits Botanique. Les trombes d’eau fouettent la toile de la tente, la pénombre se fait dans le jardin et la lumière, d’un jaune ocre immaculé, jaillit du podium lorsque les musiciens s’emparent de leurs instruments. Les petits malins qui ne cessent de répéter que « le rock est mort » en sont pour les frais. Avec Feu! Chatterton, le rock se renouvelle enfin et prend de l’altitude.

L’envol de l’oiseau

Dès l’impeccable Ginger, le ton est donné. L’ingénieur du son fait des merveilles (c’était déjà le cas sous ce même Chapiteau pour Charlotte Gainsbourg). Le groupe est à la fois dans sa bulle et au plus près de son public. Un public belge qui les soutient depuis ses débuts avec l’album Ici le jour (a tout enseveli) et une première date, déjà à la Rotonde du Botanique. Deux guitares qui se livrent des joutes électriques et féeriques, une basse qui imprime la rythmique et sait aussi se donner des airs funky, une batterie qui claque comme l’envol d’un oiseau et les inévitables boucles, sorties de leurs machines savantes.

Ménestrels des temps modernes

Et puis, au milieu de cet ensemble, il y a Arthur Teboul. Chanteur lettré, performeur charismatique et raconteur de belles histoires. Tels les ménestrels du Moyen Âge, Arthur nous fait voyager, nous spectateurs immobiles, tétanisés et conquis. Elle est aussi là la force de Feu! Chatterton. En quelques mots d’introduction, on passe d’un lieu à l’autre. Sur les pentes des Pyrénées, dans la pinède, sur le paquebot Concorde, à Paname, dans un château, dans un bar pour se noyer dans l’ivresse ou dans un Boeing. Le répertoire est parfaitement équilibré entre morceaux de L’oiseleur et ceux d’Ici le jour que le public connaît par cœur. On ne s’ennuie jamais entre ballades amoureuses (Ophélie, Anna, l’excellent Porte Z en premier rappel) et envolées épiques (le final explosif de La Malinche, leur Tostaky à eux), nappes électro futuristes et solo de rock progressif des années 70. Rock poétique, mélodies ciselées, fureur onirique et caresses… Yep, Feu! Chatterton a tout pigé. À la sortie du concert, la nuit était toujours bien là, mais il ne pleuvait plus. Trop beau. Meilleur concert de ce début de festival.

Feu ! Chatterton revient aux Solidarités, à Namur, le  août et le 19 janvier à l’Ancienne Belgique.

PHOTO Paul Henri Verlooy

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