Julien Clerc raconte son Mai 68 : « C’était un peu puéril »

La cavalerie, son premier single, sort au début des évènements de mai 68 qui, indirectement, vont porter cette chanson qui passe sans cesse sur les radios en grève. Lui vit loin des barricades une histoire d’amour. 50 ans plus tard, il revient en Belgique pour une tournée "Best of ". On le retrouve cet été aux Solidarités.

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Mai 68 a lancé votre carrière. Coup de pouce du hasard ou évidence ?

Julien Clerc – A l’époque, je n’y pense pas. Il y a une espèce de dichotomie en moi. A la fois l’artiste qui ne pense qu’à sa carrière débutante, de l’autre l’interprète des textes d’Etienne Roda-Gil qui sonnent comme des slogans de mai 68. Le choix de Roda-Gil, c’est de la chance pure. Incroyable la manière dont je l’ai rencontré (dans un bar d’étudiant, Julien lance à la cantonade : «quelqu’un veut m’écrire des chansons?»), incroyable qu’il écrive ce genre de textes. J’aurais pu tomber plus mal. Ses paroles me plaisaient. Il y avait des choses avec lesquelles j’étais d’accord, d’autres que je ne comprenais pas. Je ne cherchais pas une compréhension de l’esprit mais quelque chose de complètement instinctif. C’est même pour ça que j’ai encore autant de plaisir à les chanter.

Vous étiez porté par une certaine révolte ?

Pas du tout. J’aimais aussi le vieux monde qu’ils voulaient bousculer et je continue à penser qu’on ne peut pas avancer sans respecter le passé. J’ai toujours pensé cela, peut-être parce que mon père avait une grande influence intellectuelle sur moi. C’était un conservateur, quelqu’un qui venait de la terre. Il y avait alors deux droites en France : la droite légitimiste et la droite bonapartiste associée au gaullisme. Mon père était de cette droite populaire. Mais, de l’autre côté, j’ai aussi été influencé par ma mère, fille de communiste. Cette double-enfance (allusion à la chanson que lui a écrite Maxime Leforestier) m’a donné très jeune une distance sur les engagements politiques.

Même à l’époque, vous n’êtes pas emporté par les événements ?

En plein mai 68, pour faire plaisir à mon père, on était allé avec Momo (Maurice Vallet, vieux copain décédé en mai 2017 et parolier de Ivanovitch, Romina, Nouveau Big Bang…) à une réunion de jeunes Gaullistes. On s’est tapé les fesses par terre de rire. Quand on a vu des mecs de 17 ans se disputer le privilège d’une place de trésorier, on s’est enfui. Mais on n’aurait pas eu plus notre place dans une cellule communiste. J’ai trouvé que mai 68 avait un côté puéril. A ce moment-là, je quitte la maison familiale, mais en prenant bien soin de rester dans la même ville à Bourg-la-Reine. Par amour, je suis allé habiter chez la fille d’un très haut fonctionnaire. Elle vivait sans ses parents, mais avec son frère et sa sœur. Chacun avait son étage. Mai 68, je l’ai vécu dans cette maison avec elle.

Vous voyez des traces de Mai 68 dans la société d’aujourd’hui ?

Certaines choses ont changé. Peut-être que les gens étaient trop peureux, peut-être que la société était trop bloquée. Sans doute que de Gaulle n’aurait dû vouloir absolument contrôler la télé… S’il y avait eu un petit peu plus de libertés à l’époque, Mai 68 n’aurait peut-être pas existé. Mais quand je vois aujourd’hui tous ces anciens trotskistes installés à des postes officiels et plus gaullistes que mon père. Ils ont voulu installer la révolution et maintenant, ils ont des appartements quartier Saint-Michel. J’avais déjà senti tout ça quand j’avais 20 ans.

Vous incarnez pourtant la vie post-68. Vous avez essayé le retour à la ferme, vous avez grandi, comme vos enfants plus tard, dans une famille recomposée…

Dans la vie, on a des devoirs. Je me suis dit : « je prends le bébé puisque je prends la femme (Miou Miou) ». Pas question de faire autrement. Mais j’avais beau vivre à la ferme, je n’ai pas élevé mes filles avec le slogan « il est interdit d’interdire ». Jamais.
Mon père s’est rendu malade en se battant pour m’avoir avec lui après la séparation. Il a fait une attaque et a gardé un côté de la figure paralysé. Il y avait donc beaucoup d’amour entre nous, mais il n’était pas tactile, pas dit. Je pense avoir été plus proches de mes enfants, plus encore avec le dernier qui a neuf ans qu’avec la première qui a 43 ans. C’est un long chemin….

Le 26/08 aux festival Les Solidarités (Esplanade, 22h15).

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