Courez voir La mort de Staline

Une hilarante satire politique post-soviétique bannie en Russie.

La mort de Staline ©Prod

Il a su “d’instinct” que le film serait férocement drôle, un mélange de “comédie hystérique et paranoïaque” sur fond de “déstalinisation”, avec comme garde-fou le cinéma de Chaplin ou de Robert Altman qui surent faire cohabiter le rire et l’horreur. Armando Iannucci, cinéaste britannique d’origine italienne aguerri à la satire politique (la série Veep ou In The Loop), adapte un roman graphique de Fabien Nury et Thierry Robin (chez Dargaud) et livre une brillante comédie noire qui s’ouvre en 1953,  lorsque Joseph Staline s’écroule en plein Kremlin, victime d’une hémorragie cérébrale. La mort du dictateur ouvre une ère d’incertitude dans laquelle les ténors du parti s’entre-déchirent à mesure que Khrouchtchev (génial Steve Buscemi) élimine ses rivaux, en tête Molotov et Beria, le chef de la police secrète.

Tourné à Londres avec un casting 100 % anglophone, le film est un pur défi de comédie: “Je n’ai pas voulu demander aux acteurs de surjouer l’accent russe car je voulais que le film soit contemporain, avec une vraie spontanéité dans les dialogues. D’ailleurs quel accent aurions-nous choisi? Staline était géorgien, Khrouchtchev avait l’accent ukrainien. Steve Buscemi a l’accent new-yorkais, il sait passer en un clin d’œil du clown au dictateur effrayant”. Iannucci a peaufiné ses dialogues à partir d’une anthologie de blagues sovié-tiques véridiques que les Russes s’échangeaient sous le manteau. “À cette époque, tout le monde connaissait au moins quelqu’un qui était allé au goulag, il fallait dédramatiser et la tension peut aussi être source d’un humour terrifiant”, poursuit Iannucci.

Le résultat? Une salve de répliques culte (“Arrêtez, c’est pas Clark Gable non plus”, balance Khrouchtchev devant la dépouille de Staline qu’on prépare pour les funérailles) dénonçant des situations tragiques (Beria alternant purges et réchauffement, avant d’être assassiné lui aussi) qui résonnent puissamment aujourd’hui. “Nous vivons une époque où la démocratie est mise à mal par la désinformation et les shows politiques, mais les régimes autoritaires fleurissent partout, de la Russie à l’Égypte, à la Turquie ou la Hongrie, sans parler de Donald Trump. J’ai voulu montrer que les alternatives à la démocratie, même mise à mal, sont terribles.” Face à l’interdiction de son film par le régime de Poutine, Iannucci imagine que “quelqu’un a paniqué au dernier moment” – comme si la comédie noire se jouait aussi sous nos yeux.

La mort  de Staline – Réalisé par Armando Iannucci. Avec Steve Buscemi, Simon Russell Beale – 107’.

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