Pourquoi il faut aller voir Roger Waters au Sportpaleis

Moustique était ce week-end à Barcelone pour le coup d’envoi de la tournée "Us +Them" de l’artiste anglais. Entre best of de Pink Floyd, scénographie époustouflante et son quadriphonique, le bassiste de 74 ans a dénoncé la folie de nos dirigeants. Il joue les 11 et 12 mai à Anvers.

waterslive

 

Près de trois heures de show pour raviver la mémoire de son ancien groupe Pink Floyd, pour rappeler ses prises de position socio-politiques toujours radicales mais aussi pour encourager  les nouvelles générations à résister. Voilà comment on pourrait résumer sur le papier le concept de cette « Us + Them Tour » dont le volet européen a été lancé ces vendredi 13 et samedi 14 au Paulau San Jordi, salle magnifique perchée sur les collines de Montjuïc à Barcelone. A 74 ans, Roger Waters n’est pas un vétéran rock and roll comme les autres. Il cherche à toucher les jeunes et s’il exploite fort logiquement son fonds de commerce, il reste attentif à l’état du monde actuel et ne vit pas dans sa bulle. Un mélange de vieux et de modernité. Avec des chansons très fortes écrites voici quarante ans dont il montre avec son génie de la mise en scène qu’elles restent sont toujours d’actualité.

Un hélico sur nos têtes

Un exemple? Au moment où les enceintes quadriphoniques crachent le bruit assourdissant du rotor de l’hélicoptère qui introduit Another Brick In The Wall  tiré de l’album « The Wall « (1979), une douzaine d’ados catalans surgissent sur scène. Ils sont habillés d’une combinaison orange, identique à celle que portent les détenus de Guantànamo. Ils reprennent le refrain « We don’ need no education. We don’t need no thought control. No dark sarcasm in the classroom” (“Nous n’avons pas besoin d’éducation. Nous n’avons pas besoin de contrôle de pensée. Pas de sarcasme sombre dans la classe”). Et alors que la basse de Waters claque comme la règle du professeur sur les doigts d’un élève chahuteur, ces gamins déchirent leur combinaison et laissent apparaître un t-shirt blanc sur lequel on peut lire « Résiste ». Très fort.  En pleine croisade contre l’enseignement, notre confrère et ami Jérôme Colin aurait apprécié le message.

Choristes à perruque blonde

Musicalement, comme il nous l’avait confié à la veille du démarrage de sa tournée américaine, Roger Waters offre un best of tiré des albums conceptuels les plus emblématiques de Pink Floyd : « Meddle », « The Dark Side Of The Moon », « Wish You Where Here », « Animals » et  « The Wall ». C’est le musicien américain Jonathan Wilson qui reprend sur scène les parties de guitare et de voix de David Gilmour. Et c’est impressionnant. La première partie du show est dédiée aux classiques. Tirés de « The Dark Side Of The Moon », Speak To Me et Breathe lance les débats. Sur One Of These Days, la ligne de basse de Waters secoue les estomacs. Proche de l’orgasme féminin, le final vocal de The Great Gig In The Sky est interprété par deux choristes à perruque blonde.  Et avant de calmer l’assistance en jouant trois extraits (il y en aura quatre sur la soirée) de son dernier album solo « Is This The Life We Really Want ? », Waters et ses huit musiciens livrent une version magnifique du prémonitoire Welcome To The Machine exhumé de « Wish You Where Here », tandis qu’une insecte robot rampe de manière menaçante sur les écrans géants LED.

Son quadriphonique

Pour beaucoup de rock stars vieillissantes, les choses s’arrêteraient là.  Nonante minutes de concert, des tubes, quelques nouvelles chansons pour vendre le dernier disque et salut la compagnie. Waters, lui, annonce une pause de vingt minutes et revient pour une heure et demie de spectacle supplémentaire. Une seconde partie plus politique et encore plus visuelle. Franchement, on ne comprend toujours pas pourquoi d’autres groupes n’ont pas la même idée que lui en mettant des baffles à l’arrière de la salle et des projecteurs au-dessus de la tête des spectateurs. L’installation acoustique et la scénographie permettent à tous les spectateurs d’être « dans le show. » C’est Us + Them. Nous et eux.

Trump est un porc

Pour cette seconde salve, c’est toute l’architecture du Battersea Power, ce bâtiment industriel londonien qui orne la pochette d’ »Animals » (1977) qui se déroule sur une cinquantaine de mètre de longs dans la salle séparant la foule en deux. Un cochon géant défile au-dessus des têtes.  On y voit Trump en mauvaise posture pendant Pigs. » Trump est un porc« . Le message est un peu gras mais il déclenche l’hystérie. Sur Money, les visages des grands dirigeants du monde capitaliste apparaissent à chaque son de tiroir-caisse. Encore Trump, mais aussi Berlusconi et Theresa May. Enfin, alors que personne ne s’y attendait, Waters ressort la pyramide  géante en laser de « The Dark Side Of The Moon » pour une version à couper le souffle de Eclipse. Une dernière diatribe pour dénoncer les dommages collatéraux sur les civils syriens et Waters conclut cette soirée magistrale avec Confortably Numb, classique des classiques tiré de « The Wall ». La messe est dite et sur un plan sonore, musical et visuel, nous avons rarement été aussi impressionnés. Une grosse claque…

Roger Waters Us + The Tour les vendredi 11 (complet) et samedi 12 mai au Sportpaleis, Anvers. www.sportpaleis.be

Album : Is This The Life We Really Want ?, Sony Music

La setlist

1/ Breathe
2/ One of these days
3/ Time
4/ Breathe (reprise)
5/ The Great gig in the sky
6/ Welcome to the Machine
7/ Déjà vu
8/ The Last Refugee
9/ Picture That
10/ Wish you were here
11/ The happiest days of our lives
12/ Another Brick in the Wall, part 2
13/ Another Brick in the Wall, part 3
ENTRACTE

14/ Dogs
15/ Pigs (Three different ones)
16/ Money
17/ Us and them
18/ Smell the Roses
19/ Brain Damage
20/ Eclipse
RAPPEL

21/ Mother
22/ Comfortably numb

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