Pourquoi il faut absolument voir « The Defiant Ones », le rêve américain de Dr Dre et Jimmy Iovine

The Defiant Ones, sur Netflix, retrace le parcours du roi du hip-hop Dr. Dre et du producteur rock Jimmy Iovine qui ont fini par s’associer pour réaliser le coup du siècle. Passionnant.

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Attention, The Defiant Ones est un documentaire que tout le monde doit voir. Derrière le portrait croisé de Dr. Dre et de Jimmy Iovine, décliné en quatre épi- sodes haletants sur Netflix, on retrouve les plus gros blockbusters de la musique populaire de ces quarante dernières années. Interviewés longuement par le réalisateur Allen Hughes, Springsteen, Bono, Patti Smith, Stevie Nicks, Snoop Dogg, Eminem, Kendrick Lamar, Gwen Stefani, Nas, Puff Daddy, will.i.am, Tom Petty ou encore Trent Reznor de Nine Inch Nails ont tous collaboré avec l’un ou l’autre de ces génies. À l’heure où certains aiment opposer le rock  et le hip-hop dans une stupide querelle entre “anciens” et “nouveaux”, The Defiant Ones n’est rien d’autre que la success-story d’une association improbable entre Dr. Dre, l’ancien gangsta rappeur de Compton, et Jimmy Iovine, le “Rital” de Brooklyn fan de Fleetwood Mac et de U2.

jimmy iovine dr dre
Tout commence par une chronique économique. Nous sommes le 28 mai 2014. La presse financière mondiale annonce   en “breaking news” que Dr. Dre (Andre Romelle Young de son vrai nom) et Jimmy Iovine ont vendu leur entreprise Beats Electronics à la multinationale Apple. Montant de la transaction: 3 milliards de dollars. Jamais le géant Apple n’a dépensé une telle fortune pour acquérir une société. C’est l’aboutissement de la carrière de ces deux autodidactes qui dominent alors le monde de la pop culture.
The Defiant Ones raconte leur ascension. On commence par le moins connu du grand public, Jimmy Iovine. Fils d’un docker italien émigré. Glandeur à l’école, zéro diplôme, tricheur, beau parleur et roi de la débrouille. Engagé comme stagiaire aux studios Record Plant de New York au début des années 1970, Jimmy bosse comme assistant sur l’album “Walls And Bridges” de John  Lennon. Quelques mois plus tard, faute de personnel dans le même studio, il est enrôlé au minimum syndical comme mixeur et ingénieur du son par le jeune Bruce Springsteen. Springsteen est alors fauché, menacé de licenciement par sa firme de disques s’il ne sort pas un hit. Pendant plusieurs mois, “sept jours sur sept et vingt-quatre heures sur vingt-quatre” explique le Boss face caméra, Iovine va l’aider à peaufiner le son de “Born To Run”. L’histoire est en marche…

Potes avec Bono et Snoop Dogg

Après “Born To Run”, Iovine offre à Patti Smith son seul tube (Because The Night écrit par Bruce Springsteen) et produit son chef-d’œuvre, “Easter”. Il découvre ensuite Tom Petty, lance en solo Stevie Nicks de Fleetwood Mac, bosse avec Dire Straits et croise la route de U2 dont il produit le live “Under A Blood Red Sky” et surtout “Rattle And Hum”. Tout ce que Iovine touche se transforme en or, mais il en veut plus encore.

NWA

Quittant la pénombre des studios, il s’installe dans une tour de Los Angeles et crée le label Interscope en 1990. Son but: signer ce que personne d’autre ne veut signer, chercher les extrêmes et les rendre accessibles à la culture mainstream. Un jour, il reçoit une cassette de Dr. Dre, un rappeur à la mauvaise réputation (drogues, guns, bastons) qui est dans le viseur des autorités depuis la chanson Fuck The Police qu’il a réalisée pour son groupe N.W.A. Iovine signe Dre et distribue “The Chronic”, premier album solo de Dre et pierre angulaire du gansta rap. “On était conscients qu’en jouant la carte de la provoc, nous allions écouler des millions de disques d’artistes blacks parmi le public blanc”, avoue Dr. Dre.  Attaqué de toutes parts par l’establishment, le duo Dre/Iovine enchaîne les sorties discographiques sulfureuses. Snoop Dogg, 2 Pac,  Eminem ou encore 50 Cent… À côté des textes crus de ces artistes diffusés en boucle sur MTV, Damso, c’est la collection rose… Parallèlement au rap tendance dure, Iovine signe aussi sur son label du rock alternatif “qui fait peur”, genre Nine Inch Nails et Marilyn Manson. Avec la même réussite commerciale.

Zones d’ombre

La seconde partie de The Defiant Ones montre comment fonctionne ce binôme atypique. Dre est un champion de la production en studio. Un solitaire qui passe des heures et des heures à trouver le gimmick qui fait la différence. Iovine, lui, reste en permanence accroché à son téléphone pour faire fructifier son fonds de commerce. Dans une interview, Bono déclare que Iovine a cessé de s’intéresser à la musique après “Rattle And Hum” en 1988. “C’est nous qui l’avons usé en studio avec notre perfectionnisme. U2 l’a dégoûté de la musique. Après “Rattle And Hum’”, Jimmy est devenu un homme d’affaires.”

Toujours associé à Dr. Dre, Iovine a une idée de génie. Alors qu’Apple cartonne avec son iPod et que des millions d’internautes piratent des fichiers musicaux MP3, ils lancent les casques audio Beats en 2006. “Tout le monde nous disait que nous étions fous. À l’époque, les vendeurs de GSM offraient les écouteurs à leurs clients. Et nous, on débarquait avec des casques audio à 200 dollars. Même moi j’étais sceptique”, reconnaît Dre. Champion du marketing, Iovine offre des casques à tous ses amis du show-business qui en font la pub gratuitement. Bono qui fait du jogging à Grasse? Lady Gaga à un défilé de mode? Madonna à une avant-première? Tous portent des Beats By Dre avec le logo “B”. En 2001, Beats Electronics représente 64 % du marché audio. Suivront les enceintes acoustiques, les chaînes hi-fi pour voitures, un service de streaming qui, lors du rachat par Apple, deviendra Apple Music.

Tout n’est pas doré cependant et le documentaire, bien que téléguidé, a le mérite d’explorer les zones d’ombre des deux génies. Dre revient notamment sur l’agression physique qu’il a commise sur la journaliste Dee Barnes en 1991 et sur les conflits meurtriers entre rap East Coast et West Coast. Iovine a, pour sa part, l’honnêteté de reconnaître qu’il n’a pas toujours accepté de produire des albums (pour Simple Minds, Graham Parker, Bobby Short) pour de bonnes raisons. “Eux, ils se donnaient à fond. Moi, je le faisais pour le fric.”

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