La Prière selon Cédric Kahn

 

On a rencontré le réalisateur La Prière, portrait poignant d’un jeune toxicomane sevré par la religion, et remarqué au festival de Berlin.

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Dans notre époque éminemment matérialiste et dépourvue de sacré, il est étonnant de voir à quel point la foi irrigue le récent cinéma français. Après le portrait de Vincent Lindon touché par la grâce dans L’Apparition de Xavier Giannoli, Cédric Kahn s’attarde « sur le chemin » de Thomas (Anthony Bajon dans son premier rôle, récompensé par le prix de la meilleure interprétation à Berlin), jeune addict à l’héroïne qui tente de se reconstruire dans une communauté de l’Isère après une overdose. « Je me suis identifié au personnage de Thomas : comme lui, je suis récalcitrant et méfiant par rapport au religieux. Petit à petit par la force du groupe et de la prière, quelque chose s’ouvre en lui. Je voulais que les non croyants puissent aussi se sentir touchés par le film ». Comme ses « frères », Thomas va devoir s’intégrer dans la communauté, dont la règle est de ne jamais être seul, pour éviter les rechutes.

« Ce qui m’a intéressé c’st la rencontre entre la dépendance à la drogue et la ferveur. Il y a beaucoup de religieux qui s’occupent de toxicos. Ce parcours m’a bouleversé car ça prend racine dans des enfances blessées qui se réparent et s’accrochent à la moindre aide. Au départ Dieu est une porte de sortie, une lueur sur le chemin » poursuit l’auteur des Regrets, qui a construit son scénario à partir de vrais témoignages, et tourné ensuite avec un mélange d’acteurs et de non acteurs dont beaucoup ont vécu dans la rue. « Au départ j’ai constitué mon casting à partir d’un groupe. Anthony a ensuite émergé dans le groupe, j’ai eu beaucoup de chance de tomber sur lui » admet le cinéaste. On retrouve aussi Anna Schygulla (actrice culte du cinéma de Fassbinder) en moniale fondatrice, qui n’hésite pas à gifler le gamin pour le remettre dans le droit chemin. Le parcours de Thomas se déploie ensuite entre moments d’ascèse, rejet de la foi et scènes de révélation (dans une chapelle puis seul dans la montagne), jusqu’au choix ultime entre l’amour divin et l’amour profane pour une jeune fille de la région. « Au-delà du religieux, conclut Cédric Kahn, je pense que la foi est nécessaire et même vitale. C’est avoir foi en soi-même, en la vie, en l’action, peu importe ; ça permet d’avancer et de transformer nos dépendances. J’ai la conviction que c’est l’inverse de l’enfermement ». Film de protagoniste autant que « film de chœur », malgré un scénario parfois attendu, La Prière se regarde aussi comme un éloge touchant de la fraternité, soulevé par des instants de pure élévation.

 

Drame

JJ La Prière

Réalisé par Cédric Kahn. Avec Anthony Bajon, Anna Schygulla – 107’

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