Juliette Armanet: “Je ne cherche pas à être moderne”

Consacrée aux Victoires de la musique, elle fait souffler un vent frais sur la chanson française. Et elle n’est pas la seule. Présentation de cette nouvelle scène qui va éclairer les Nuits Botanique.

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Voici un an, les spectateurs curieux des Nuits Botanique découvraient, yeux ébahis et cœur conquis, de nouveaux artistes qui avaient alors le statut ingrat de première partie. Ayant pour points communs l’usage de leur langue française, une démarche artisanale et un héritage parfaitement assumé de leurs aînés, les Angèle, Juliette Armanet, Tim Dup ou encore Eddy de Pretto osaient les premiers jalons de leur ascension. Un an plus tard, ils ont conquis le grand public, passent sur toutes les radios, gagnent des récompenses et reviennent en haut de l’affiche d’un festival qui a décidément beaucoup de flair.

Juliette Armanet est, sans conteste, l’une des plus talentueuses de cette promotion. Cette ancienne journaliste et réalisatrice originaire de Lille vient de remporter la Victoire de la musique dans la catégorie “Album révélation” pour “Petite amie”.  Sur ce disque, qui ressort aujourd’hui dans une version “Délice” agrémentée de quatre nouvelles chansons, elle “déringardise” la notion de “variété française”. Inspirée par Michel Berger et Véronique Sanson, mais aussi Bashung et Barbara, la jeune femme libère ses émotions, raconte ses quêtes romantiques et ose même avec La folie un slow crapuleux façon Reality/La boum. “Je tente tout pour la vie/Le slow interdit. Cœur immobile, j’vais sur la musique comme sur un fil”, chante-t-elle avec passion et conviction.

Les médias vous présentent comme “la relève de la chanson française”. Cette expression vous met-elle sous pression ?

JULIETTE ARMANET – Pas vraiment. C’est juste une formule journalistique pour donner envie aux gens d’écouter ma musique. C’est aussi une façon d’évoquer un rapport renouvelé à la variété. Le truc, c’est qu’il y a plein de façons de chanter en français. Quand on évoque ma musique, il est surtout question d’un pan de la variété des années 1970-1980.

Les noms de Christophe, France Gall, Michel Berger ou Véronique Sanson viennent souvent en tête à l’écoute du disque. Ce sont des références ?

C’est la musique que j’écoute. Je ne me suis jamais dit que c’était vieillot. Là, par exemple, je viens d’écouter le nouvel album de Julien Clerc et une compile de Michel Berger. Je les écoute comme des artistes contemporains. Je ne me pose pas la question de l’époque. C’est la musique que j’aime: les grandes mélodies, des textes drôles, sincères.

Êtes-vous fâchée si on dit que votre processus créatif est comme une forme de recyclage ?

Je ne cherche pas spécialement à être moderne. Ce n’est pas ma préoccupation première. Je suis convaincue que lorsqu’une chanson est bonne, elle traverse les époques. Composer un titre populaire, c’est compliqué. C’est tout un art d’écrire une mélodie accessible au grand public. Pour répondre à votre question, je n’ai pas l’impression de recycler, mais je ne m’impose aucune interdiction et je suis forcément influencée par ce que j’écoute. J’aborde la musique sans complexe. Mes compos sont effectivement connotées “chanson française” et “variété”. Mais elles viennent du cœur.

Pourquoi selon vous le terme “variété” a-t-il toujours une connotation péjorative chez les puristes ?

Pour moi, Véronique Sanson, c’est aussi bien que Stevie Wonder. C’est de la variété, mais ça reste excellent. Au niveau de la production et des arrangements, certains morceaux sont particulièrement réussis. Alors oui, c’est de la variété dans le sens où ça peut passer en radio et parler à tout le monde. Ça n’en reste pas moins de la musique extrêmement pointue, très élégante. Ce n’est ni de la soupe ni du télé-crochet avec des paroles pourries et des mélodies dégueulasses.

Votre éclosion coïncide avec celle de Fishbach, nommée comme vous aux Victoires de la musique, mais pas victorieuse. Est-ce la chanteuse avec laquelle vous partagez le plus d’affinités ?

Les gens nous rapprochent souvent l’une de l’autre parce que nos parcours artistiques ont été en parallèle. Pourtant, dans les faits, Fishbach est “le chevalier noir” et moi, “le chevalier rose”. Nous sommes deux forces différentes. Fishbach n’est pas la personne dont je me sens le plus proche en musique. Ses productions sont assez glaciales, hyper-électroniques. Mon univers est beaucoup plus acoustique et intimiste. Dans l’esprit, je me sens plus proche de chanteuses comme Blondino ou Clara Luciani.

Sur votre album, vous évoquez une Star triste qui “perd sa vie dans les regards”. De qui parlez-vous ?

Ce titre est arrivé en pleine répétition. Un de mes musiciens jouait une petite mélodie avec sa tête légèrement inclinée. En le voyant, j’ai pensé qu’il faisait sa “star triste”. Cette chanson découle d’une boutade. Après, c’est très fictionnel: je me suis imaginé l’histoire d’un vieux crooner dans une comédie musicale à la Starmania. Un jour, j’ai fait écouter cette chanson à Eddy Mitchell. Parce que je l’imaginais bien dans ce rôle, genre “J’ai-donné-ma-vie-à-la-scène-et-je-suis-très-seul”. D’ailleurs, je ne sais pas vraiment comment il a pris la chose. J’espère qu’il ne m’en veut pas.

L’album “Petite amie” vous a ouvert la porte du star-system. Se confronter à ses idoles, c’est agréable ?

Ça dépend. J’ai chanté en duo avec Julien Doré. C’était très cool. J’ai rencontré Véronique Sanson plusieurs fois. C’est une femme tellement émouvante, une immense musicienne. Après, croiser ses idoles n’est pas toujours un cadeau. Ça peut être déceptif. Tu vénères machin et, le jour où tu le rencontres, il te file le cafard. Ou tu réalises que tu n’aimes pas sa personnalité. Parfois, mieux vaut ne pas les rencontrer… Ceci étant, j’ai eu l’occasion de causer avec Souchon et Voulzy. Ils sont adorables. On dirait des ados. Les autres? Je vais régulièrement sur la tombe de Michel Berger. Juste pour lui rendre hommage.

Le 27/4. Chapiteau, Nuits Botanique, Bruxelles.
Juliette Armanet. Petite amie (édition Délice). Universal

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