Ils ont inventé la littérature américaine

Dans Fraternelle mélancolie, le Belge Stéphane Lambert s'interroge sur la nature de l'amitié entre les deux pionniers de la littératrure américaine - Herman Melville et Nathaniel Hawthorne. Une totale réussite.

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Dans un livre qui n’est ni un roman, ni une biographie, mais une sorte de monologue littéraire, de ceux que l’on improvise seul en promenade,  Stéphane Lambert part à la rencontre de Nathaniel Hawthorne et Herman Melville qui ont pour eux d’avoir initié les premiers chapitres de l’histoire de la littérature américaine. Lorsqu’ils se voient pour la première fois – en 1850  lors d’une excursion entre gens lettrés – Hawthorne a déjà publié La lettre écarlate, chef-d’oeuvre inaugural des lettres américaines, et jouit d’une aura ultra scintillante, Melville s’apprête à attaquer un étrange roman autour d’une pêche à la baleine qui deviendra  Moby Dick, mythe universel et pièce maîtresse de la littérature mondiale. En signe d’amitié, Melville dédie Moby Dick à Hawthorne…

En signe d’amitié ou d’amour. Ou en signe d’amitié amoureuse. Les mots seraient plus justes… Sur les traces de ces deux héros, Stéphane Lambert – qui a fait le voyage en Amérique sur les lieux de son histoire – décrit une passion platonique qui entraine les deux hommes – mariés et pères de famille – vers des zones troubles où eux-mêmes ne reconnaissent rien. Si Melville est le plus engagé dans cette relation, Hawthorne, sans doute plus effrayé par les sentiments en jeux, reste plus distant…

Entre les lignes de ce magnifique Fraternelle mélancolie, on trouve aussi une bouleversante réflexion sur le mystère de la création littéraire et les tourments dans lesquels elle jette ceux qui veulent s’y aventurer, parfois au sacrifice de leur vie. Intervenant dans les moments les plus forts du récit, Stéphane Lambert se regarde écrire – ou plutot essayer d’écrire – sur ce sujet qui, si on le croit et le lit bien, a failli le pousser à baisser les bras et lui coûter ce livre. C’eut été dommage – comme on dit quand on l’a échappé belle.

Fraternelle mélancolie, Stéphane Lambert, Arléa, 218 p.

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