Comme l’ombre qui s’en va: dans la tête du tueur de Martin Luther King

On parle déjà beaucoup du 50e anniversaire de Mai 68, moins de l’assassinat de Martin Luther King.

Martin Luther King ©BelgaImage

En France, fleurit l’idée que Mai 68 est le début de la fin. L’assassinat du pasteur King, c’est à l’inverse la fin d’un commencement. Steve Cropper, guitariste blanc du chanteur soul Otis Redding, y verra “la mort d’une promesse qui portait autant d’espoir pour nous que pour tout homme noir”. Quand, le 4 avril 1968, le plus jeune Prix Nobel de la paix s’appuie sur la balustrade du Lorraine Hotel et qu’une balle fracasse sa colonne vertébrale, King semble pourtant avoir accompli l’essentiel. Des lois fédérales ont abrogé toute ségrégation et offert une égalité de droits civiques à la minorité noire. Mais cinq ans après son fameux discours de Washington, il a un autre rêve. Il n’est plus seulement question de réconciliation des communautés noire et blanche. Martin Luther King refuse la guerre du Viêtnam, réclame des conditions de travail décentes et condamne le capitalisme. Il est d’ailleurs venu à Memphis pour soutenir les éboueurs noirs en grève. Pour le FBI d’Edgar Hoover qui hait les “communistes”, c’est pire encore que d’être un militant racial. Comme d’habitude, on pensera à un complot ourdi entre la mafia et les agences secrètes du gouvernement. Comme d’habitude, rien ne sera prouvé. On peut même penser, comme un enquêteur indépendant l’a écrit, que, d’un coup de feu, un “criminel minable a changé l’histoire”.

Pour mieux connaître ce tueur, petit Blanc pauvre sans éducation ni avenir, on peut lire le roman ultra-documenté d’Antonio Muñoz Molina: Comme l’ombre qui s’en va (Points). Il suit la cavale de James Earl Ray jusqu’au Portugal où il espérait s’embarquer en tant que mercenaire vers l’Afrique. On détaille ses errances nocturnes, ses rencontres féminines, ses ruminations allongé seul sur le lit, ses lec-tures compulsives de la presse, à la fois effrayé et vaniteux, étonné de ne pas être cité en héros. Car dans ce climat de dénonciation communautaire, Ray était persuadé qu’on pouvait tuer impunément un activiste noir. C’est au moins aussi effrayant qu’une conspiration et… tellement plus contemporain. 

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