Pourquoi Nakhane sera la révélation des Nuits Botanique

L’artiste androgyne sud-africain sort son deuxième album.

Nakhane ©Tarryn Hatchett

« Quand tu es Black, homo, queer et né en Afrique du Sud comme moi, tu n’as pas le privilège de rester passif. Tu dois toujours te justifier, te battre, militer. Que les gens acceptent ou pas, les a priori sont toujours là.” Il s’appelle Nakhane. Il est né à Alice et a grandi à Port Elizabeth dans la province du Cap-Oriental. Il a été élevé dans la tradition Xhosa, la deuxième ethnie d’Afrique du Sud (à laquelle appartenait aussi Nelson Mandela) prônant rites initiatiques brutaux tout en bannissant toute forme de déviance. Artiste polymorphe, Nakhane a publié un roman autobiographique en 2016 (Piggy Boy’s Blues) et joué dans le drame homosexuel Les initiés (The Wound) de John Trengove. Sorti en 2013, son premier album “Brave Confusion” évoquait ses tourments face à sa sexualité. Sur “You Will Not Die”, qu’il a composé “avec piano, laptop et guitare acoustique”, il s’affranchit du ”fardeau” de la religion catholique. “Voici un an, j’ai fait un rêve qui m’a libéré. Une voix m’annonçait à quel âge j’allais mourir. Je ne vous dirai pas quel âge c’est, mais cette prédiction m’a complètement rassuré. Le matin, quand je me suis réveillé, j’ai commencé une nouvelle vie. Sans Dieu.

J’aime l’idée que le public se projette dans mes chansons pour y prendre ce qu’il veut 

Si Nakhane a renoncé au christianisme, il en garde encore les codes. Sur “You Will Not Die”, on ne compte plus les influences gospel, les chansons citant la Bible (Presbyteria, The Dead) ou les refrains psalmodiés appelant à la rédemption. À sa voix androgyne qui n’est pas sans évoquer celle d’Anohni (ex-Antony And The Johnsons), il convient aussi d’ajouter dans son univers les esquisses trip-hop les plus sombres de Tricky, le sens de l’emphase de Benjamin Clementine, le chagrin de Nina Simone et aussi la chaleur soul de Marvin Gaye. “Ma mère n’arrêtait pas d’écouter son album “Here, My Dear”. Ce disque, sans doute l’un des plus sombres dans l’histoire de la soul, résonne toujours en moi.” Si derrière chacune des chansons de You Will Not Die se cache un message, le tout reste accessible, pop, et même souvent dansant (Clairvoyant, Interloper). “J’aime l’idée que le public se projette dans mes chansons pour y prendre ce qu’il veut. La chose la plus importante est que ma musique suscite des émotions. Les gens peuvent danser, pleurer, réfléchir, mais ils doivent être interpellés. Sinon, l’art ne servirait à rien.

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