Une couple d’amoureux quitte la guerre

Exit West, une fable d'actu - entre love story sous les bombes et exil forcé - dans laquelle Mohsin Hamid décrit l'instant de basculement où un homme devient un migrant. 

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Le décor: une ville non identifiée dans un pays musulman en proie au tumulte. Le personnage féminin: Nadia, jeune fille portant le voile, employée dans une compagnie d’assurance. Elle vit légèrement à côté des traditions. Elle pilote une moto et loue – seule – un petit studio où elle fume des joints et écoute des disques de bossa nova. Le personnage masculin: Saïd, jeune homme de bonne famille vivant chez ses parents. Il travaille dans une boîte de pub et soigne une barbe qui ne dit pas qu’il ne prie pas. Il est respecteux de certaines traditions et refuse de faire l’amour avec Nadia avant le mariage. Précision: ils ne font pas l’amour, mais ils font tout le reste…

Plus Nadia et Saïd se rapprochent, plus la guerre avance. Bruit de fond, au loin, elle finit par s’installer en bas de chez eux. Dans la rue. Dans leur quotidien. « La guerre dans la ville de Nadia et Saïd devient une expérience directe, de proxmité: les combattants sont très près… », écrit le narrateur, scrutant cette histoire d’amour qui va muter en récit d’exil. Coupés du reste du monde (plus d’Internet, plus de téléphone, plus d’eau, plus grand chose), encerclé par le bruit des bombes, le fracas des vitres qui éclatent, le vacarme sourd des immeubles qui s’écroulent, Nadia et Saïd décident de payer pour passer la porte magique dont on dit qu’elle ouvre sur la liberté. Ils se retrouvent à Mykonos, île touristique haut de gamme, et puis se dirigent vers Londres pour finir à San Francisco…

Exit West est une fable d’actualité à travers laquelle Mohsin Hamid (d’origine pakistanaise) décrit le moment précis de basculement où un homme devient un migrant. En suivant les péripéties de Nadia et Saïd c’est à l’ensemble des exilés que l’auteur rend hommage, relatant le déchirement de ceux qui ne peuvent rien faire d’autre qu’abandonner derrière eux leur vie pour pouvoir la sauver. Avec une douceur imparable qui tranche avec la violence du conflit (sommes-nous ailleurs ou en Syrie?), Mohsin Hamid joue avec les métaphores poétiques (les portes comme des couloirs de survie) et reprécise les choses quant à l’acceuil de ces immigrés forcés dans des camps où tout – pulls, portables, antibiotiques, sexe, drogue – s’achète et se vend.

Exit West, Mohsin Hamid, Grasset, 207 p.

Exit West

 

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