Muse : Moustique était au concert surprise à La Cigale. On vous raconte.

Le trio anglais a rappelé, ca samedi à Paris, qu’il avait une âme tout au long d’un best of "à la demande" servi sans débauche de moyens, mais avec une rare générosité.

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Drones, écrans LED, scène centrale futuriste, lasers et autres effets spéciaux dignes d’un énième remake de Blade Runner. Depuis une dizaine d’années, Muse s’est lancé dans une surenchère visuelle et dans une débauche de gadgets technologiques qui reléguait parfois au second plan l’esprit d’urgence rock et l’âme musicale du trio. Rencontré à Werchter en 2015, le bassiste Christopher Wolstenholme nous avouait, lucide, que cette course effrénée en avant, aussi exaltante et grisante pouvait-elle être, avait aussi ses revers. « Parfois, il est bon de s’arrêter de réfléchir, parfois il est bon de ne pas chercher à aller plus loin ou plus haut. Parfois, il est nécessaire pour Muse de se remettre à nu, de jouer ensemble sur un périmètre de quelques mètres carrés, sans artifice. Juste pour se rappeler pourquoi nous avons fondé ce groupe en 1994″.

Ce plaisir, ce  « pourquoi », Muse l’a retrouvé ce samedi 24 février à La Cigale. C’est ici, dans cette salle nichée en plein quartier de Pigalle, que le trio de Teignmouth a convié ses fans européens pour un concert surprise « By Request ». Dans la Cigale, 1.400 fans. Sur la page YouTube et sur le Facebook Live du groupe, des millions d’admirateurs qui ont pu suivre cette prestation dans une ambiance hystérique qui a secoué comme jamais le parquet du club parisien et même fait déplacer la console d’un bon mètre rien qu’avec les secousses du public. Un truc de dingue.

Stockholm Syndrome

Promo oblige, Muse débute le show à 21h pile-poile par une version bluffante de leur nouveau single Thought Contagion. Riff de gratte ensorcelant, refrain déjà scandé comme un hymne et rythmique implacable. Déjà un tube. Durant les deux heures qui vont suivre, on comprend mieux ce que Christopher Wolstenholme nous a dit à Werchter. Le trio a envie de se faire plaisir. Il joue ses classiques, des titres plus obscurs de sa discographie et, comme annoncé, répond avec l’excitation des débuts aux sollicitations des fans qui ont pu voter dans des catégories au concept hilarant. « Meilleure chanson qui a figuré dans le top 10″, « meilleur titre rock progressif », « meilleur titre que nous ne jouons jamais »

Venus de France, de Belgique, du Portugal, d’Italie, d’lrlande, de partout, les aficionados se prennent ainsi dans les tympans  le très rare Eternally Missed que Muse n’avait plus joué depuis 2002, deux chansons extraites de leur tout premier album Showbiz paru en 1994 (Muscle Museum, Showbiz) ou des impros de derrière les fagots (Helsinki Jam). Au début d’Hysteria, Matthew Bellamy s’amuse en balançant les accords du Back In Black d’AC/DC. Au second rappel, l’incontournable Stockholm Syndrome atteint des sommets jamais conquis auparavant. Après un déluge sonore de six minutes et alors qu’on croit que le morceau va se terminer, Bellamy fait un clin d’œil à Wolstenholme et repart pour un tour dans une ambiance de tonnerre. C’est de loin, la plus belle version de Stockholm Syndrome que nous n’ayons jamais entendue.

Le sourire et la foi

Sur scène, outre la qualité musicale et l’absence du moindre temps mort, on apprécie de redécouvrir des choses que nous avions quelque peu oubliées chez Muse. Oui, Matthew peut sourire. Oui, il peut balancer des vannes sans parler de la fin du monde ou évoquer ses théories du grand complot. Oui, sans effets spéciaux, Muse reste une machine de guerre hallucinante et possède trois des plus fameux musiciens rock de sa génération. Oui, si on se doute qu’au moment où il faudra promouvoir un huitième album studio annoncé pour fin 2018 (plus probablement pour 2019), Muse repartira sur les routes avec son convoi de quarante-huit semi-remorques, nous garderons toujours en mémoire cette prestation intimiste. Oui, ce samedi, à la Cigale, Muse avait la foi.

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