Kate Tempest : Roman rap

Rappeuse, célèbre sur la scène slam britannique, Kate Tempest publie Ecoute la ville tomber, premier roman sur le fracas urbain et l'effondrement de vies spécialisées en solitude.

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Kate Tempest, 32 ans, est une professionnelle de la langue. Ses deux albums – Everybody Down et Let Them Eat Chaos – font l’objet d’une dévotion toute contemporaine sur la scène rap britannique et ses performances de « spoken words » (lectures publiques de poésie) ont la réputation de faire dans l’inflammable.

Loin de l’orthodoxie hip-hop américaine, Kate Tempest (quel beau nom – enfin, quelle belle trouvaille de pseudo) rend compte d’une réalité politique où galères, chômage et précarité forment la sainte trinité d’une jeunesse en fête mais en rade (et inversement). A ses travaux musicaux et à son oeuvre poétique (deux recueils non traduits), il faut ajouter ce premier roman – Ecoute la ville tomber – résumé parfait d’un monde désorienté où il ne s’agit plus de vivre mais bien de survivre.

A Londres, Ecoute la ville tomber suit l’odyssée urbaine de quelques âmes esseulées et même, pour certaines, déjà bien amochées. Becky, danseuse (et surtout masseuse) abandonnée par ses parents, l’une partie vivre dans une communauté baba, l’autre croupissant en prison. Harry, jolie lesbienne garçonne et dealeuse de coke. Pete, son frère, glandeur sans relief, amoureux de Becky qui, elle, n’hésite pas à aussi faire un tour dans le lit d’Harry. Leon, bras droit d’Harry et sorte de pilier – entre le grand frère et le garde du corps.

Le livre commence par la fin – la fuite panique d’Harry, Becky et Leon (mais qu’est-ce qui a foiré?) – et remonte le temps, ponctuant le récit de scènes de clubs, de pubs, et de dîners dominicaux, pointant le doigt sur le mal de crâne de cette génération.  Poétique mais cash, cru mais classe, Ecoute la ville tomber scanne les aspirations de trentenaires dans le chahut d’une ville qui ne fait aucun cadeau, rappelant parfois Virginie Despentes en plein Vernon Subutex.

Ecoute la ville tomber, Kate Tempest, Rivages, 429 p.

 

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